En vidéo - Inserm : « Pas de déficit cognitif majoré pour les personnes âgées portant des aides auditives »

étude scientifique

Le professeur Hélène Amieva, responsable d’équipe au sein du Centre de Recherche Inserm 897 - GB

« L’utilisation d’appareils auditifs évite le sur-déclin cognitif constaté chez les malentendants âgés ». C’est le résultat auquel est arrivée l’équipe de l’Unité Inserm 897 « Épidémiologie et Biostatistiques » de Bordeaux, et qui ont été publiés fin octobre dans le Journal of the American Geriatrics Society.

Ces résultats ont été dévoilés à l’occasion d’une conférence de presse organisée jeudi 29 octobre par le Syndicat national des spécialistes en ORL (SNORL) et le Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf) en présence du professeur Hélène Amieva, représentante de l’équipe bordelaise de l’Inserm, que nous avons interviewée à la suite de la conférence (voir vidéo ci-dessous). Cette équipe avait déjà montré l’an dernier le lien entre la perte d'audition et le déclin cognitif, confirmant ainsi les résultats des recherches du professeur Frank Lin, en les renforçant puisque l'étude longitudinale française s'étend sur 25 ans (contre six ans pour l'équipe américaine).

De récentes découvertes qui plaident en faveur d’un dépistage et d’une prise en charge des troubles de l’audition chez les personnes âgées

Aujourd’hui, les résultats issus de la comparaison des différents groupes de sujets montrent que les personnes ayant un trouble de l’audition non-appareillées ont présenté au cours des 25 ans de suivi, un déclin au test de MMSE significativement plus important que les personnes sans trouble auditif. (NDLR : Le Mini-Mental State Examinationde Folstein est un test largement utilisé afin d'évaluer le niveau cognitif et mental d'une personne). En revanche, le déclin au test de MMSE du groupe de sujets ayant des troubles de l’audition et portant une prothèse auditive ne différait pas de celui du groupe de référence, à savoir les sujets sans trouble auditif.

Cette étude confirme que le déclin cognitif est majoré chez les personnes âgées ayant un trouble de l’audition. La perte auditive est généralement associée à une augmentation des symptômes dépressifs et un isolement social progressif.

Cette étude suggère également, et ce pour la première fois, qu’avec une prise en charge audioprothétique, le déclin cognitif chez les sujets ayant une perte auditive n’est plus majoré comparativement aux sujets sans perte auditive.

Le port d’une prothèse auditive agirait donc positivement sur la cognition en restaurant les capacités de communication, en favorisant le maintien d’activités sociales et la qualité de vie.

« Ces résultats plaident en faveur d’un dépistage et d’une prise en charge des troubles de l’audition chez les personnes âgées, commentait le professeur Amieva lors de la conférence de presse. En effet, nous obtenons un corpus de résultats suffisamment important pour affirmer qu’une perte d’audition induit un déclin cognitif accéléré chez la personne âgée. Aussi, pour la première fois, un résultat suggère que le port d’une prothèse auditive participe à atténuer ce déclin. La perte auditive est généralement associée à une augmentation des symptômes dépressifs et un isolement social progressif. Le port d’une prothèse auditive agirait ainsi positivement sur la cognition en restaurant les capacités de communication, en favorisant le maintien d’activités sociales et la qualité de vie. En effet, les personnes qui ont des troubles de l’audition et qui sont appareillées ne présentent pas ce déclin cognitif majoré, elles présentent même un déclin cognitif similaire à celui des personnes âgées sans troubles de l’audition. C’est un résultat qui n’avait pas été rapporté à ce jour ! Aussi, et plus généralement, nos résultats montrent qu’avec d’autres stratégies de prévention telles que l’exercice physique, un régime alimentaire de type méditerranéen, le maintien d’une bonne audition devrait figurer parmi les stratégies de « vieillissement réussi » à promouvoir. Aussi la cohorte PAQUID n’a pas fini de nous apporter des renseignements de première importance, et notamment dans le domaine de l’audition. Notre équipe Inserm à Bordeaux travaille sur l’épidémiologie du vieillissement, cognitif en particulier, et ce depuis de nombreuses années. Nous nous intéressons à plein de facteurs (biologiques, génétiques, environnementaux, psychosociaux) qui participent un moment donné à ce déclin cognitif. Nous sommes venus récemment à l’audition – nous ne sommes pas à la base des spécialistes de l’audiologie – et je trouve que les résultats de cette étude sont extrêmement encourageants et nous poussent à aller beaucoup plus loin ! Aujourd’hui je m’interroge sur le lien qui pourrait exister entre perte de l’audition et perte d’autonomie, l’entrée en institution, de même que toutes les conséquences sur la santé bien connues dans le vieillissement et qui nous préoccupent tous. Les possibilités offertes par PAQUID sont innombrables. Et parmi les pistes d’investigation, nous espérons notamment montrer à terme quels liens existent entre perte d’audition et mortalité. » 

Qu’est-ce que PAQUID ?

L’étude PAQUID (personne âgée quid) - Inserm U 897, Épidémiologie et biostatistiques, Bordeaux - est une cohorte populationnelle constituée en 1988 pour suivre à très long terme (depuis 25 ans) 3 777 sujets âgés de 65 ans et plus dans 75 villes et villages de Gironde et de Dordogne. L’objectif principal de PAQUID était l’étude épidémiologique du vieillissement cognitif et fonctionnel en population générale, notamment l’épidémiologie de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées (Mama), mais aussi l’épidémiologie de la dépendance du sujet âgé. Les sujets ont été revus à onze reprises environ tous les deux ans avec mesures répétées de la cognition, recueil d’échelles fonctionnelles et détection systématique de la démence. PAQUID a fourni les premières estimations de la prévalence, de l’incidence, de la durée moyenne de la maladie en population générale. Cette cohorte a permis d’étudier de multiples facteurs de risque (âge, sexe, niveau d’études, consommation de vin et de tabac, activité de loisirs, etc.) des Mama et l’histoire naturelle de la phase prodromale de la maladie d’Alzheimer sur plus de dix ans. PAQUID a montré que les démences étaient de loin la cause principale de dépendance du sujet âgé. Elle montre aussi que le déclin cognitif est plus important chez les sujets âgés ayant un trouble de l'audition par rapport aux personnes âgées sans troubles auditifs. Pour rappel, une étude américaine du Pr Frank Lin (The Johns Hopkins School of Medicine) publiée en 2013 dans la revue JAMA et portant sur 1 984 patients de 77 ans d'âge moyen était arrivée à la conclusion que la perte d'audition non corrigée est associée à une accélération du déclin cognitif chez les personnes vivant en maison de retraite.

Le docteur Jean-Michel Klein, président du SNORL, le professuer Hélène Amieva, Luis Godinho, président de l'Unsaf et le secrétaire général de l'EHIMA, Soren Hougaard - GB

La perte auditive, plus que jamais enjeu de santé publique

« Nous sommes très heureux d’être associés, avec le SNORL, à la présentation de cette étude aux résultats extrêmement révélateurs. L’utilisation d’appareils auditifs a maintenant un rôle démontré dans la prévention du déclin cognitif, un des principaux facteurs de perte d’autonomie. L’amélioration de la prise en charge des audioprothèses pour les adultes, dont les tarifs n’ont pas été revus depuis 1986, pourra se faire au bénéfice de la qualité de vie des utilisateurs et au bénéfice des finances publiques. En effet, les coûts d’intervention sont sans commune mesure avec les dépenses engendrées par la perte d’autonomie », concluait Luis Godinho, Président de l’Unsaf.

Afin de promouvoir cette étude inédite et de mettre en avant le parcours de soins de l’audition, le Syndicat national des médecins spécialisés en ORL et CCF et le Syndicat national des Audioprothésistes ont mis au point, pour la première fois, une fiche informative. Elle est destinée au corps médical et aux patients, afin de les sensibiliser aux risques d’un déficit auditif non pris en charge et de leur expliquer les rôles respectifs du médecin ORL et de l’audioprothésiste.

Elle est téléchargeable sur le site du SNORL, « Votre médecin ORL vous informe sur les déficits auditifs » :
http://www.snorl.org/wp-content/uploads/2015/10/Votre-m%C3%A9decin-ORL-vous-informe-sur-les-d%C3%A9ficits-auditifs-20-10-2015.pdf

Sources de l'étude
Self-reported hearing loss, hearing aids, and cognitive decline in elderly adults: A 25-year study.
Amieva H, Ouvrard C, Giulioli C, Meillon C, Rullier L, Dartigues JF.
J Am Geriatr Soc. 2015 Oct; 63(10):2099-104.
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/jgs.13649/abstract

Audio infos vous propose de découvrir dans son numéro de novembre, la synthèse de cette étude, signée par Hélène Amieva, responsable d’équipe au sein du Centre de Recherche Inserm 897.

GB