2015, et demain ?

Xavier Delerce

« Faire de “l’audioprothèse fiction” sans arrière-pensée n’est pas aisé en ces temps agités pour la profession. Une chose cependant n’a pas changé depuis des dizaines d’années et ne changera pas de sitôt : la prise en charge humaine de nos patients, et le service que nous leur apportons au long cours. Si aucune entité ne nous enlève notre pouvoir de choix (c’est la définition de la liberté...), un service et une prise en charge irréprochables continueront toujours à faire émerger des professionnels de qualité, indépendants ou non. »

Xavier Delerce,

Audioprothésiste DE

Guillaume Flahault

« Les fabricants actuels devront faire la place à Google et Apple. Les Google et Apple Glasses seront devenues des lunettes auditives très performantes. L’alternative biotechnologique sera annoncée, car les tests de régénération des cellules ciliées par injection de cellules souches auront bien avancé. Mais les patients auront plus que jamais besoin d’interlocuteurs compétents dans cet environnement complexe. Les audioprothésistes peuvent dormir sur leurs deux oreilles. »

Guillaume Flahault,

Conversons – président du Syndicat national des entreprises de l’audition (Synea)

Bruno Fracher

« L’espoir, dans cinq ans et sans doute plus, serait de gagner le challenge de la compréhension de la parole dans le bruit et de banaliser la solution pour les zones mortes de la cochlée. Plus modestement, manifestement la technologie sera bien en avance. L’aide auditive autour de l’objet téléphone notamment... »

Bruno Frachet

Professeur ORL

Luis Godinho

« L’espoir, dans cinq ans et sans doute plus, serait de gag« Une meilleure prise en charge par la Sécurité sociale et les complémentaires, permettant un équipement auditif avec un reste à charge modéré pour tous les patients. Une offre en entrée de gamme avec le même différenprix chez tous les professionnels, permettant une saine concurrence par la qualité de la prestation, plutôt que par des offres low-cost, incompatibles avec une profession de santé. »

Luis Godinho

Président du Syndicat national des audioprothésistes- Unsaf, audioprothésiste indépendant.

« I have an audiodream ! 2020, après 40 ans centrés sur des progrès techniques inouïs, l’audioprothésiste est en pleine mue. Autrefois professionnel de la surdité, il devient professionnel de l’audition et de la communication. Autrefois seul interlocuteur du malentendant, il s’inscrit maintenant dans une vraie démarche pluridisciplinaire avec les orthophonistes, les ergonomes et ergothérapeutes, les professionnels de la santé au travail ou de la gériatrie, les acteurs sociaux. Bref, il pratique l’accompagnement d’une audition globale qui met ces outils au service du coeur de la vie des hommes : la relation et donc la communication ! L’audioprothésiste disparaît, vive l’accompagnant auditif ! »

Jérôme Goust

Consultant « Vie quotidienne et audition », enseignant dans les écoles d’audioprothèse de Paris et Cahors

« De ma fenêtre, je vois :
• des acteurs (fabricants de prothèses auditives) de moins en moins nombreux et de plus en plus importants (dernier exemple le rachat d’Audika par William Demant) ;
• une tentative de démocratisation des assistants d’écoute plus avancée encore, sinon réalisée ;
• dans le domaine qui nous concerne un développement des accumulateurs (lithium-ion ?) par rapport aux piles zinc/air qui seront néanmoins toujours commercialisées. »

Jean-Claude Kapp

Directeur commercial de Varta Microbattery GmbH

« Dans 5 ans ? Les fabricants auront encore amélioré la base technique, surtout en ce qui concerne les puissances de calcul de leurs puces, mais aussi de leurs fonctionnalités associées destinées à faciliter la communication, que ce soit par le biais d’accessoires ou directement. Les chiffres publiés en 2015 par la Drees (relevant que “seuls 57,8 % des appareillages sont efficaces” !) seront en nette amélioration, et ce depuis l’année où des audios potentiellement trop axés sur la “cible”, se seront mis à pratiquer une rééducation plus progressive, accompagnant la plasticité cérébrale sans tenter de la “forcer”, optimisant également le “score” final comme la prise en charge psychologique. Cela aura ainsi creusé l’écart avec ceux qui, proches de la filière audition ou venant d’une autre, avaient pris le parti d’appliquer à l’audioprothèse des méthodes bien trop “rationnelles”. La prévention du risque auditif sera plus en avant, sur le plan de la société, améliorant donc l’image de notre profession, tout en dédramatisant, collatéralement, encore plus, le recours aux aides auditives. »

Jean-Louis Horvilleur

Audioprothésiste D.E., journaliste Guitar Part, membre du bureau et administrateur de La Semaine du Son, président du Conseil scientifique de Bruitparif.

« Le marché français de la distribution d’aides auditives est aujourd’hui à un carrefour. Ce qu’il sera dans cinq ans dépendra de la capacité des acteurs de ce marché à prendre le bon virage stratégique. Trois chemins possibles se dessinent :
• un marché qui peut rester refermé sur lui-même, avec 80 % de malentendants non équipés, comme aujourd’hui ;
• un marché de plus en plus orienté par les plates-formes des Ocam ;
• un marché qui se démocratise avec un travail de fond sur la gamme, la politique de pricing et la capacité à offrir à tous l’accès aux aides auditives.
Quoi qu’il en soit, le secteur doit se doter des capacités pour élargir la volumétrie d’audioprothésistes formés chaque année et faire connaître leurs services auprès du plus grand nombre, afin de répondre aux enjeux grandissants du vieillissement de la population. »

Maher Kassab

Directeur de Gallileo Business Consulting

« Le marché français pourrait être 40 % plus important qu’aujourd’hui. En revanche, les pressions exercées notamment par les Ocam et les discounters vont favoriser la consolidation et la verticalisation du marché par des groupes (industriels et distributeurs). Il est donc très important pour nos partenaires audioprothésistes, de bien choisir leurs partenaires et de développer avec eux des relations durables pour mieux naviguer ensemble dans un environnement plus complexe. »

Jens Kofoed

Directeur de Prodition

« D’ici à cinq ans, le marché devrait vraisemblablement continuer à croître sur le même rythme que ces dernières années avec un développement continu des écouteurs déportés. Le nombre de centres va augmenter plus rapidement que le marché. Cela aura pour effet de baisser mécaniquement le chiffre moyen par centre. La différenciation sera dès lors une obligation. Elle se fera autour du positionnement stratégique de son entreprise et des services associés à l’appareillage. Côté développement, des ruptures technologiques majeures sont à prévoir d’ici cinq ans, dans le but de proposer des solutions toujours plus simples d’utilisation et discrètes à nos patients.

Vincent Lefèvre

Directeur général Phonak & Unitron France

« Le marché va progresser de 5 % par an en moyenne. Il y aura dix écoles contre six aujourd’hui et plus de 200 diplômés par an. Les appareils seront de plus en plus connectés et compatibles avec les Smartphones, montres, lunettes et appareils high-tech. Optical center sera l’enseigne leader devant Amplifon (2) et Audika (3). On commencera à parler d’audiologiste et le débat d’idées se fera autour de ce thème central pour l’après 2020. »

Laurent Levy

Président fondateur d’ Optical Center

« Le marché français, longtemps très différent des autres marchés avec une distribution éclatée, un grand nombre d’indépendants, peu de chaînes, pas d’industriels dans la distribution il y a encore trois ans, va voir sa mutation, entamée il y a quelques années, s’accélérer. La réduction du nombre d’industriels, leur entrée dans la distribution et sur le marché de l’implant, l’accroissement du coût des services nécessaires pour l’exercice de la profession, la pression des Ocam et la concurrence de plus en plus rude vont amener une accélération de la concentration des audioprothésistes. Il est clair que la taille critique pour résister et offrir des services de qualité aux patients va s’élever. »

Benoît Roy

Président du groupe Audilab

J’imagine aisément de nouvelles tentatives d’installation de la part de discounters avec des prises de parts de marché. Par contre les audioprothésistes vont devoir, pour résister à ceux qui “achètent le prix”, développer un arsenal de nouveaux outils (techniques, psychoacoustiques, informatiques et d’entretien), pour des situations difficiles et plus chronophages : l’appareillage des quatre fois vingt (voire cinq fois vingt ?),la réhabilitation auditive de l’adulte âgé désafférenté, la prise en charge des patients hyperacousiques ou acouphéniques, la prise en charge des neuropathies ou des lésions auditives “à audiogramme normal”. De nouvelles compétences devront être acquises dans des domaines comme la neuropsychologie et les neurosciences. On imagine aisément une “audioprothèse”à deux ou trois vitesses avec d’une part de la vente rapide à prix bas et d’autre part de véritables “labos”, non plus de correction, mais de réhabilitation auditive.

Philippe Lurquin

Audioprothésiste DE, Belgique