Les fœtus sont capables de mémoriser des mots

Acquisition du langage

Audio infos
Audiology infos
Bébé soumis à EEG © Veikko Somerpuro / Université d'Helsinki
Nouveau-né soumis à une EEG. © Veikko Somerpuro / Université d'Helsinki

Les futurs parents doivent-ils faire attention à leur langage ? En tout cas, les fœtus dans le ventre de leur mère sont déjà capables d’identifier et mémoriser des pseudo-mots, comme vient de le montrer une équipe de scientifiques finlandais, danois et hollandais.

On sait depuis longtemps que les parois qui séparent le fœtus du monde extérieur sont perméables au son. Ainsi, comme une équipe franco-allemande l’avait montré en 2009, le fœtus mémorise la prosodie pendant la grossesse, si bien que dès les premiers jours de sa vie, les cris du bébé sont différents en fonction de sa langue maternelle.

Mais l’équipe de chercheurs a cette fois-ci voulu aller plus loin et découvrir si les fœtus pouvaient retenir des pseudo-mots. Et ils en sont visiblement capables, à en croire les différences aux tests réalisés sur 33 enfants : 17 dans le groupe test et 16 dans le groupe témoin.

Les mères du groupe test devaient, à partir de la 29e semaine de grossesse (l’appareil auditif est opérationnel à partir de la 27e semaine), faire écouter régulièrement à leur futur enfant une séquence de répétitions du pseudo-mot « tatata », avec occasionnellement des variantes au niveau de la deuxième syllabe, le mot devenant ainsi « tatota » ou « tatata » avec la deuxième syllabe prononcée de façon plus aiguë. En moyenne, les enfants entendirent le mot « tatata » 25 700 fois environ et ses variantes 8 700 et 4 400 fois respectivement.

Peu après la naissance (entre 1 et 27 jours), l’activité cérébrale des nouveau-nés fut testée par EEG, alors qu’on leur repassait les séquences de « tatata » et leurs variantes. Les scientifiques étaient à la recherche d’une MMR (mismatch response, l’équivalent de la négativité de discordance — MMN, mismatch negativity – chez les adultes), un indicateur électroencéphalographique permettant de savoir que les nouveau-nés ont détecté quelque chose de différents au sein d’une séquence de stimuli semblables. « Si le cerveau du bébé testé parvient à détecter une différence entre deux sons, alors cela provoque une MMR », explique Eino Partanen, chercheur au Centre d’excellence finlandais pour la recherche interdisciplinaire en musicologie et premier auteur de la publication.

Or l’EEG des enfants du groupe test montraient des MMR au moment où les variantes du mot « tatata » étaient prononcées. À l’inverse, ces MMR n’ont pas été observées chez les enfants du groupe témoin, ou de façon moins prononcée. « Cela montre que les enfants du groupe test ont appris à distinguer le pseudo-mot "tatata" avec un changement de tonalité du "tatata" normal pendant la grossesse, contrairement aux enfants du groupe témoin », conclut Eino Partanen.

Source : Partanen E et al. Learning-induced neural plasticity of speech processing before birth. PNAS 2013 10.1073/pnas.1302159110

Bruno Scala