Nouvelle charge de l’UFC – Que Choisir contre le secteur de l’audio

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L’association de consommateurs UFC-Que Choisir vient de publier une étude très critique sur le système des soins auditifs en France.

L’association de consommateurs UFC-Que Choisir vient de jeter un lourd pavé dans la mare des professionnels de l’audition, en publiant lundi 28 septembre, une étude sur le secteur de l’audioprothèse intitulé « Audioprothèses - Un marché verrouillé au détriment des malentendants », accompagné d’un communiqué de presse « Marché des aides auditives - La scandaleuse rente des audioprothésistes » et d’une enquête titrée « Prothèses auditives - Vos oreilles valent de l’or ».

Une salve de publications peu étayées, dont l’objectif n’est autre que d’arriver à « un assainissement de ce marché » et dans lesquelles l’Association dénonce tour à tour le sous-équipement des malentendants français, malgré un marché en forte croissance ; une profession monopolistique ; un prix par audioprothèse de 1 550 euros pour un reste à charge de 1 100 euros, un non-équipement en raison du prix pour plus de 2,1 millions de personnes ; des salaires très élevés et un taux de marge de 78 %, conséquence d’une pénurie entretenue d’audioprothésistes ; le poids prépondérant de la main d’œuvre dans le coût des aides auditives ; les multiples liens d’intérêt dans le secteur notamment vis-à-vis des médecins ORL et une dépendance économique des audioprothésistes ; l’intégration verticale de la distribution qui rompt la nécessaire neutralité de l’audioprothésiste et un manque de transparence vis-à-vis des consommateurs « inacceptable » ; des organisations professionnelles qui freinent toute évolution, etc.

Dans les conclusions de son argumentaire, l’UFC – Que Choisir formule trois propositions, « dans la continuité de son combat pour l’accès de tous à des soins de qualité », adressées aux pouvoirs publics afin « de prendre les mesures qui permettront une meilleure concurrence et des baisses de prix durables sur le marché, à qualité préservée :
- L’UFC – Que Choisir demande une augmentation rapide et durable du nombre d’audioprothésistes formés annuellement.
- L’UFC – Que Choisir souhaite la dissociation entre l’achat des aides auditives et celui des prestations d’adaptation initiale et de suivi.
- L’UFC – Que Choisir exige une information des consommateurs sur les liens capitalistiques et financiers entre les fabricants d’aides auditives et les audioprothésistes »

 

Nous vous proposons de découvrir la synthèse de l’étude :

« Sur les 6 millions de malentendants français, seuls 1,5 million sont équipés en aide auditive. Cette situation regrettable, qui perdure malgré la forte croissance du marché (multiplié par 2,2 depuis 2000), a poussé l’UFC – Que Choisir à analyser en détail le secteur de l’audioprothèse pour identifier les causes de ce sous-équipement, et les solutions concrètes aux fins d’y remédier.

Il ressort de l’étude que le principal frein est financier. Le prix moyen d’un appareil auditif est de 1550 €, soit une dépense de 3100 € pour un équipement des deux oreilles (80 % des cas). Compte tenu des remboursements très limités de l’assurance maladie (120 € par appareil) et des complémentaires santé, les consommateurs conservent une dépense à leur charge de 1100 € par oreille. En conséquence, notre étude montre que ce sont 2,1 millions de Français malentendants qui ne peuvent pas s’équiper en raison des prix trop élevés.
L’origine de ces prix dissuasifs est à chercher du côté des audioprothésistes, la profession qui a le monopole de la distribution des audioprothèses. En effet, pour un prix de vente moyen de 1550 €, les aides auditives sont achetées 327 € par les audioprothésistes. Ceux-ci revendent ainsi les appareils 4,5 fois leur prix d’achat, réalisant une marge brute moyenne de 78 %. Une fois les divers frais et salaires déduits, la marge nette demeure très confortable, entre 15 % et 18 % (contre 10 % dans le déjà rentable secteur de l’optique).

Ces surcoûts résultent d’abord de la pénurie, savamment entretenue, d’audioprothésistes en France. En raison de leur faible nombre (3091, pour des besoins estimés à 7150 professionnels), ils sont en position d’obtenir des salaires deux à trois fois plus élevés que les professions de santé comparables (infirmières ou kinésithérapeutes, à niveau de formation équivalent). Cela se répercute dans les prix : pour un appareil à 1550 €, plus du tiers (534 €, soit plus de 1050 € pour l’équipement des deux oreilles) est versé en salaire à l’audioprothésiste. La profession, qui se mobilise pour un lucratif statu quo, a jusqu’à présent obtenu gain de cause, ce qui s’est matérialisé à la rentrée 2015 par l’instauration d’un numerus clausus. Comment admettre que le ministère de la Santé puisse plus longtemps faire le choix de préserver la rente économique des 3100 audioprothésistes plutôt que de résorber le non-équipement de 2,1 millions de malentendants ?

L’assainissement du marché de l’aide auditive passe également par la dissociation de l’achat de l’appareil et de celui des prestations aujourd’hui associées (adaptation initiale puis suivi tout au long de la vie de l’appareil). Cette vente d’un bloc se traduit par un prix d’entrée plus élevé, et le paiement par avance de prestations qui peuvent ne pas être effectuées (fermeture de l’audioprothésiste, non-port de l’appareil, décès de l’utilisateur). La « loi Macron » a légalement supprimé cette vente indissociable. Reste à l’Assurance maladie à adapter son processus de remboursement, qui aujourd’hui continue à lier matériel et suivi. Cela permettra de faire émerger la vérité des prix, entre ce qui relève de l’appareil en lui-même et ce qui relève des prestations de réglage et de suivi.

Le marché de l’aide auditive se caractérise enfin par la grande opacité qui y règne. Les audioprothésistes octroient ainsi des avantages aux médecins ORL (cadeaux, subventions, voyage à l’étranger pour des congrès), qui ont représenté en 2014 plus de 700 € par médecin concerné. En parallèle, nous assistons à une prise de pouvoir des fabricants d’aides auditives sur les audioprothésistes. Plus d’un point de vente sur cinq est aujourd’hui possédé par un fabricant, le plus souvent dans la plus parfaite discrétion. S’ajoutent à ces liens capitalistiques des aides financières, sous forme de prêts, accordées là-encore par les fabricants aux audioprothésistes. Dans les deux cas, la contrepartie est claire : mettre en avant leurs produits dans les conseils aux consommateurs.

L’UFC – Que Choisir, résolue à obtenir des pouvoirs publics la résorption du sous-équipement des malentendants français, demande la hausse du numerus clausus pour les études d’audioprothésiste, la dissociation de l’achat de l’audioprothèse et des prestations associées, et la pleine transparence sur les liens capitalistiques et financiers qui unissent audioprothésistes et fabricants. »


Plus d’informations sur : http://www.quechoisir.org/
 

GB