Adlc : Audio infos donne la parole aux acteurs du secteur

Avis du 14 décembre 2016

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Audio infos a sondé des personnalités de la sphère audioprothétique française, afin de connaître l’opinion qu’ils portent sur les recommandations de l’Autorité de la concurrence (Adlc) et notamment sur la question du découplage et du numerus clausus. Suite du tour d’horizon entamé précédemment avec Lionel Collet.

Alain AFFLELOU Président fondateur du Groupe ALAIN AFFLELOU



"Le travail réalisé par l’Autorité — l’étude de marché, les besoins de la population, des consommateurs — dresse un constat qui me semble assez juste et relève d’une bonne lecture de ce secteur. 1,5 million de personnes devraient être appareillées et ne le sont pas. Bien sûr, à cause des prix, mais le numerus clausus est aussi un énorme frein.
Je suis favorable à 100 % à sa suppression, nous avons d’ailleurs milité en ce sens. Il ne faut pas avoir peur de la concurrence ; il faut la stimuler ! 
La dissociation entre l’achat et les services (sorte de SAV) est une fausse bonne idée. C’est un mauvais calcul que de penser que les gens vont économiser là-dessus en faisant un paiement à la carte ! Finalement, l’avis de l’Autorité est assez sérieux, bien fait et très documenté, sauf ce qui concerne la dissociation entre l’achat et le suivi."
 
Gilles BEVILACQUA - Centrale des Audioprothésistes (CDA)



"Nous constatons que l’enquête montre que, contrairement aux présupposés entretenus par nos détracteurs, notre secteur ne présente pas de dysfonctionnement de concurrence. Nous attendions donc des propositions pour soutenir notre secteur et des moyens pour développer la sensibilisation du grand public.
Nous ne sommes pas convaincus que le frein du prix puisse être levé par le découplage. S’il s’agit de favoriser un coût d’accès réduit, les audioprothésistes indépendants proposent déjà des offres d’accessibilité. Sur cet aspect économique, c’est le chantier de la revalorisation du remboursement qui doit être mené à son terme.
Le découplage de la vente et du suivi fait peser un réel risque de moindre suivi des appareils, et donc d’inobservance. Cette proposition de découpage peut également se révéler un piège pour la lisibilité de l’information à destination des patients.
Nous ne sommes pas favorables à la suppression du numerus clausus, mais à son évolution en fonction de celle du marché. Cette évolution ne devant pas être motivée par le désir de répondre à tel ou tel acteur qui souhaiterait développer son maillage territorial, mais par une adéquation des besoins en termes de santé publique et de professionnels compétents et exercés."
 
Pascal BOULUD – Président de Sivantos France



"J’ai tout d’abord été impressionné par l’ampleur et très honnêtement, par la qualité du travail effectué lors de l’étude d’étape : approche structurée et systématique, prise en compte d’un très large panel d’acteurs, remarquable d’exhaustivité ! Les pré-rapports étaient eux aussi très intéressants et correspondaient à une analyse précise, transparente de nos activités, très loin des fantasmes portés par des intervenants manipulateurs ou ignorants.
J’ai découvert des préconisations qui m’ont semblé assez éloignées du constat et qui me semblent risquées pour les patients. Sans parler de la complexité technique de mise en œuvre : y aura-t-il un remboursement annuel par le régime général ? Complété par les assureurs privés ?
Enfin pour la dissociation, j’y suis opposé comme toutes les personnes qui connaissent bien notre métier, ce ne serait qu’un report de dépenses, mais qui risquerait d’affecter sur le moyen terme les plus modestes. Cette complexité de gestion ferait peser un risque sur le taux d’observance. Ce serait imposer un modèle unique au monde dans un des marchés les moins bien remboursés... et pourtant parmi les plus performants.
Concernant le numerus clausus, par essence c’est l’adaptation de la démographie professionnelle aux besoins du "marché", si c’est effectivement adaptatif et évolutif, il ne me pose pas de problème.
Cet avis, c’est énormément de travail et d’intelligence pour un résultat assez peu convaincant. Je préfère retenir la clarification faite sur une profession souvent maltraitée, à tort, et la volonté politique de travailler à une information beaucoup plus large de nos concitoyens sur les risques liés aux problèmes d’audition."
 
Jean-Pierre CHAMPION - Directeur général de KRYS



"J’ai trouvé que la position de l’Adlc était équilibrée. J’ai moi-même plaidé pour une adaptation du numerus clausus. Les aides auditives sont aujourd’hui trop chères. Deux solutions s’offrent à nous pour faire baisser le reste à charge : soit on augmente les remboursements, mais ce n’est pas le rôle des acteurs économiques que de négocier cela ; soit on laisse les acteurs économiques inventer des modèles qui permettent à un marché de s’étendre et d’augmenter le taux d’équipement. Pour les opticiens et d’autres nouveaux entrants, le modèle économique permet de faire baisser les frais généraux par l’intégration d’un corner d’audioprothèse. Cette économie peut se refléter dans les prix de vente et ainsi faire baisser de moitié le reste à charge. Pour ce faire, les nouveaux entrants ont besoin de pouvoir recruter un grand nombre d’audioprothésistes, car leur modèle doit arriver à un certain seuil pour pouvoir se déployer. Le numerus clausus est ainsi un frein et devrait être augmenté, du moins pendant un temps à 600 ou 900. Ce que j’ai ressenti dans l’avis de l’Autorité, c’est qu’elle était prête à favoriser les nouveaux entrants, quels qu’ils soient, dès lors qu’ils étaient susceptibles de faire baisser les prix sans dégrader la qualité de la prestation. Concernant la dissociation, j’ai trouvé que la mesure n’était pas à la hauteur du défaut d’intensité concurrentielle : à mes yeux, le nombre de patients qui changeront d’audioprothésiste sera proche de zéro. Ce n’est pas cela qui va faire que le marché va doubler son taux d’équipement. Pour moi, le problème reste qu’il n’y a pas assez d’audioprothésistes formés chaque année. Il faut se poser la question de savoir si aujourd’hui, on en compte assez pour qu’un malentendant trouve des prothèses à un prix raisonnable. Pour moi, la réponse est non. Il faut trouver dans la concurrence des solutions pour faire baisser le reste à charge, sans dégrader les prestations. Dans tous les secteurs, les choses ne changent que si de nouveaux acteurs font évoluer les modèles."
 
Thierry DAUDIGNON – Président de Starkey France



"Le rapport d’étape a été bien fait, assez bien documenté. Concernant la première recommandation de l’Adlc, je constate que je ne connais aucun pays où l’on a fait cette séparation de la vente et de l’adaptation puis du suivi après la première année. Nous serons des précurseurs si nous mettons en place le découplage. Cependant, je ne peux me positionner tant que nous ne considérons pas le schéma de l’appareillage auditif dans son ensemble.
Finalement, l’avis va plus dans le sens des consommateurs actuels qui veulent avoir le choix. Mais pour que ce soit efficace, il faut statuer en même temps sur la prise en charge des aides auditives, et sur celle du suivi ! Sera-t-il pris en charge par l’Assurance maladie et les complémentaires ? Finalement aujourd’hui, nous sommes face à une problématique globale qui invite à repenser l’audioprothèse. Pourquoi ne pas organiser un "Grenelle" de la profession comme je l’entends beaucoup en ce moment ? Il faudrait alors définir quels sont les objectifs des Pouvoirs publics, des audioprothésistes, des fabricants pour le bien des malentendants. Cela fait longtemps que je pense que cette évolution est "inscrite" et qu’il faut que nous réfléchissions ensemble à l’adaptation des prestations aux nouveaux types de patients que nous rencontrons, et cela, au regard de leurs habitudes de consommation. Aujourd’hui, ils veulent le choix, c'est un fait.
Dans tous les cas, il faut que nous définissions des objectifs et pour moi, le principal est que nous puissions continuer à délivrer un service de qualité tout en s’assurant qu’il y ait un suivi réalisé par les audioprothésistes ! La question du numerus clausus interroge, dans le sens où des exemples en médecine illustrent aujourd’hui ses effets négatifs : des pénuries de professionnels. Il faut donc être prudent avec cela, mais je pense que le relèvement n’est pas une mauvaise idée. Personnellement, je suis pour plus de concurrence. Pour moi, s’il y a plus d’audioprothésistes disponibles, le coût induit par les salaires pourrait baisser et faire ainsi diminuer les prix. Je n’ai cependant pas de position dogmatique sur ces questions, il faut être prudent et travailler en concertation."
 
Guillaume FLAHAULT – Président du Syndicat national des entreprises de l’audition - Synea



"Les recommandations de l’Autorité de la Concurrence ne peuvent être prises à la légère. Notre profession doit accueillir l’avis de cette institution réputée dans un esprit constructif, en évitant de prêter le flanc aux soupçons de corporatisme.
Outre la possibilité de dissociation qui fait débat, le Synea relève et approuve d’autres préconisations de l’Autorité de la concurrence, à savoir la refonte des modalités de remboursement de l’Assurance-maladie, celle du devis qui va dans le sens d’une meilleure lisibilité de l’offre, mais aussi la mise en place de campagnes d’information publiques et d’un carnet de soins pour faciliter le suivi. 
Nous prenons acte des intentions de l’Autorité pour laquelle il « ne s’agirait pas d’imposer la dissociation, mais de la rendre possible ». Sa mise en œuvre impliquerait la modification de la LPPR et une réflexion approfondie sur les modalités de remboursement. Le Synea reste défavorable au principe de dissociation et rappelle qu’une telle réforme introduirait le seul modèle de ce genre en Europe. Enfin la dissociation ne répond absolument pas aux attentes des patients, qui plébiscitent le forfait, comme le montre la récente étude élaborée par Gallileo pour le Synea et l’enquête EuroTrak de 2015. 
Concernant le relèvement du numerus clausus, le Synea souligne que, compte tenu des contraintes (évolution de la demande, capacités de formation des écoles, difficultés d’organiser des stages dans les services hospitaliers…), l’Autorité reconnaît qu’une offre supplémentaire d’audioprothésistes « ne pourrait intervenir que dans des proportions raisonnables ». Nous ne disons pas le contraire : l’offre doit être en adéquation avec la demande de soins. Si les simulations d’évolution du marché le justifient, pourquoi ne pas relever le numerus clausus ? L’avis de l’Autorité de la concurrence confirme les craintes du Synea au sujet de la dissociation, mais ouvre aussi des pistes de réforme."
 
Professeur Bruno FRACHET - Chef de service ORL à l’hôpital Rothschild (Paris)



"Les médecins ORL prescripteurs cherchent assurément, pour le malentendant, l’appareillage le mieux adapté, évidemment au meilleur prix ; les résultats de l’enquête vont-ils permettre de parvenir à cet objectif conjoint de maintien de qualité et de prix ? Le découplage entre d’une part l’achat et les réglages la première année, et d’autre part les prestations de suivi, comme le propose l’Autorité semble a priori logique. Prenons l’exemple d’une personne qui décèderait avant la fin du forfait payé : le trop-perçu par l’audioprothésiste ne serait alors pas légitime… Cependant, découpler sans cadre bien déterminé peut s’avérer compliqué : le risque est le désaccord entre le choix initial de l’appareil et le suivi, et le réglage ultérieur par un autre professionnel... L’ajustement aux besoins de réglages plutôt qu’un contrôle systématique est une approche "très médecine personnalisée". Cette discussion mérite d’être ouverte. Je ne pense pas que le forfait prépayé incite les porteurs de prothèses à consommer plus de soins. Je vois aussi dans le cadre du suivi des implantés cochléaires qu’il faut très souvent reconvoquer les gens, car rien ne vaut une évaluation par un professionnel par rapport à une autoévaluation. Concernant le numerus clausus, l’objectif des prescripteurs est de permettre une adaptation prothétique rapide de tous les patients ; personnellement, il ne me semble pas que le secteur subisse une pénurie de professionnels. Mais c’est un avis de prescripteur et qui plus est dans une grande ville. Je constate que l’avis rendu a écarté la question des réseaux de soins. À mes yeux, ils représentent un risque. Leur approche trop souvent tarifaire, au risque d’une moindre qualité du service rendu, est à évaluer. Il est vraisemblable que la profession est à l’aube de changements significatifs."
 
Marc FROGER - Directeur scientifique des Compagnons de l’audition



"L’important est de ne pas dissocier la prescription de l’aide auditive et son adaptation aux besoins du patient. Cet acte doit traduire la prescription de l’ORL et être réalisé par un audioprothésiste. Le remboursement doit à cette occasion être revalorisé à la fois par la CPAM et les complémentaires de santé afin de réduire le reste à charge et garantir un acte médical de qualité.L’acte de suivi doit faire l’objet d’une inscription dans la nomenclature, afin que le patient soit remboursé. Un plafonnement de cet acte est souhaitable et doit être proposé au patient chaque année pendant 5 ans (même dispositif que le remboursement annuel des piles et accessoires d’entretien). Néanmoins, cette dissociation ne garantit pas l’engagement du patient dans un processus de suivi. C’est là que réside la limite de cet avis. L’obligation pour l’audioprothésiste, inscrite dans la Loi de 1967, d’effectuer un contrôle d’efficacité permanent, le différencie de toutes les autres professions, y compris de l’optique, à laquelle l’Adlc semble se référer.Pour garantir l’effectivité des deux types de prestation alors créés, il faut qu’un strict contrôle soit exercé par les Pouvoirs publics sur l’application de la Loi de 1967 et du Décret de 2008 : acte délivré par un audioprothésiste et interdiction de la publicité sur le prix des prestations. Nous regrettons également l’absence d’un Conseil de l’ordre de la profession, chacun pouvant agir à son gré, sans aucun contrôle ! 
Nous sommes favorables au numerus clausus et pensons que le niveau actuel correspond aux besoins du marché. Il faut bien sûr qu’il soit suivi et mis en adéquation avec les besoins de la population. Il est concevable dans ce cadre, qu’à l’avenir, il soit relevé, sans toutefois aller jusqu’aux excès constatés dans le domaine de l’optique. 
Cet avis ne correspond pas à la réalité de notre profession. Néanmoins, il peut enclencher des réactions positives des Pouvoirs publics et des organisations professionnelles et être l’occasion d’une vraie reconnaissance de l’audioprothésiste en tant que « professionnel de santé »."
 
Luis Godinho - Président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf)



Le président du Syndicat national des audioprothésistes s'est exprimé à de nombreuses reprises sur l'avis rendu par l'Autorité de la concurrence. Il relevait notamment une enquête « partiale » et un avis considéré comme allant « à rebours de la volonté des Français ». Aux yeux de Luis Godinho, la santé et l'audition des patients « ne sont pas un business, mais un enjeu de santé publique ». Et le président de l’Unsaf de pointer les deux présupposés de l’enquête : « les "rentes" et "marges" des audioprothésistes et une solution toute trouvée, les "réseaux de soins", régulièrement encensés par l’Autorité. Pour le président de l'Unsaf, l’enquête a démontré une réalité bien différente : « La grande efficience du secteur de l’audioprothèse. (...) Et plutôt que d’admettre que la principale mesure à préconiser, une augmentation du remboursement, relève des autorités de santé, elle a préféré, pour justifier l’existence de son enquête sectorielle, un « découplage » qui n’existe nulle part en Europe et conduirait à une augmentation des prix et à une diminution de la qualité ». Surtout, l’Autorité, « aveuglée par une idéologie de la concurrence », pousserait à une « individualisation des prix » de l’audioprothèse, qui irait « à rebours des fondements de notre système de santé ».
Contestant les conclusions de l’enquête et pointant les « contradictions » et les « omissions » de l’avis, Luis Godinho appelle à une évaluation du secteur par les autorités compétentes en santé, notamment l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) et la Haute Autorité de Santé (HAS) afin de rééquilibrer un débat qu’il estime « biaisé » par cette instruction, et ce, dans un contexte de campagne présidentielle 2017 où les enjeux de santé sont au cœur des discussions.
- Visionnez l’interview de Luis Godinho donnée à Audio infos sur l’avis de l’Adlc.
- Regardez la conférence de presse de l’Unsaf du 18 janvier 2017.

Jean-Michel KLEIN – Président du Syndicat national
des médecins spécialisés en ORL et chirurgie cervico-faciale (SNORL)



"Il me semble que l’énoncé du problème est correct, mais que les réponses proposées font abstraction d’un élément essentiel : aucun patient ne trouve de plaisir ou d’enthousiasme pour s’appareiller. Le simple mot de « prothèse » fait fuir. Je porte des « prothèses » visuelles sans arrière-pensées parce que cela se nomme « lunettes ». La notion de vieillissement de l’oreille est une première approche de la fin de vie et de plus, « ça se voit et c’est cher ! ». En France, la presbyacousie reste une "maladie honteuse". L’adaptation par un professionnel à la fois technique et psychologique est essentielle.
La dissociation entre la vente et l’adaptation est inenvisageable ; le découplage entre la prestation de vente et le suivi ultérieur est possible à la condition qu’il soit défini par un contrat de confiance national rédigé par le "Conseil national de l’audioprothèse" (syndicats et Collège) et opposable à la CNAM et aux complémentaires de santé. Pour la question du numerus clausus, la moyenne d’âge des audioprothésistes me semble jeune et les moyens de formation, limités par les services ORL existants. La réponse est sans doute dans un relèvement adapté et concerté en fonction de la situation observée sur le terrain, tenant compte des délais de formation. La résolution du problème du coût des audioprothèses ne peut se faire sans un effort de chacun des partenaires : CNAM, complémentaires, audioprothésistes, fabricants et revendeurs, ORL, médecins généralistes et patients. Malheureusement, la France négocie selon les règles du poker menteur, plus que selon les règles du partenariat gagnant-gagnant..."
 
Jens KOFOED – Président de Prodition (William Demant)



"L’Autorité de la Concurrence a réalisé, sous la direction du rapporteur M. Frédéric Garron, un rapport de qualité qui est très complet et équilibré. Je retiens en particulier que le secteur est concurrentiel à la fois au niveau des fabricants et de la distribution. Par ailleurs, il a été constaté qu’il n’y a pas de rentabilité excessive et que la tendance pour les prix et pour la rentabilité est plutôt à la baisse.
La proposition du découplage soulève la question du risque d’une moins bonne observance des patients lorsque le suivi est payant. Il n’est pas facile de savoir comment cela pourrait faire baisser les prix, car le suivi d’un patient que l’on n’a pas appareillé « coûte » plus cher que le suivi réalisé par l’audioprothésiste qui l’a appareillé, qui connait le patient et ses besoins. La possibilité de pouvoir étaler la facturation dans le temps peut être, en soi, intéressante, mais tout dépend de la façon dont cette proposition est traduite en texte de loi. L’effet positif que cela peut avoir sur le marché, reste sans doute modeste.
Le marché peut sans doute absorber plus d’audioprothésistes dans l’immédiat et en particulier pour les années à venir, car sa croissance pourrait être encore plus importante que celle à laquelle nous avons assisté ces dernières années, grâce au Papy-boom, entre autres. Cependant, il est dans l’intérêt des patients que nous mettions d’abord l’accent sur la qualité, avant de le mettre sur la quantité. L’attractivité du secteur doit ainsi être préservée afin d’attirer les talents et les investissements indispensables à la réalisation du plein potentiel du marché.
L’Autorité de la Concurrence a parfaitement joué son rôle et les recommandations reflètent bien son avis : le secteur est concurrentiel et les recommandations restent raisonnées par rapport aux développements réglementaires hasardeux que nous observons par ailleurs dans d’autres pays (Suisse, Pays-Bas, États-Unis)."
 
Laurent LEVY – P.-d.g. d’Optical center



"Je tiens à souligner la qualité de l’enquête qu’a réalisée l’Autorité. Je trouve très positif que cette institution s’intéresse à notre secteur. C’est important pour l’accès aux soins auditifs des familles françaises et notamment pour les personnes les plus âgées. Les opticiens qui ont un corner préféreraient la suppression du numerus clausus, c’est évident. Nous pensons en effet que plus il y aura d’audioprothésistes, plus il y aura de malentendants qui s’équiperont. Il faut penser au collectif avant l’individuel ! Pour moi, plus il y aura de concurrence, plus les prix seront bas. Je milite donc pour la fin du numerus clausus, mais aussi pour qu’il y ait plus d’écoles, afin que nous ayons environ 500 nouveaux diplômés par an. Je pense que les réseaux de soins ont mené un fort lobbying. Eux aussi ont intérêt à ce qu’il y ait plus d’audioprothésistes, notamment pour moins rembourser. Nous ferons avec, nous nous adapterons. En revanche, je suis contre la dissociation : l’adaptation et le suivi doivent être réalisés par le même audioprothésiste, c’est la base de ce métier."
 
Benoît ROY - Président du Groupe AUDILAB



"Il est important de ne pas réagir trop à chaud sur un sujet aussi bien examiné, qui a fait l’objet de nombreux commentaires et autres prises de positons, notamment du CISS, et cela dans l’intérêt des porteurs d’aides auditives. Lorsque l’Autorité de la concurrence parle de la distribution et de paramètres économiques, je crois qu’elle est dans son rôle. Il importe que lorsque le travail des professionnels concernés est examiné, et que les modalités de prise en charge des dispositifs médicaux sont visées, que les instances appropriées pour traiter ces questions soient sollicitées, et ce, pour le faire dans le cadre prévu : je pense notamment à l’Assurance maladie, aux Ocam et bien sûr, aux syndicats professionnels.

Pour la dissociation, il faut prendre le sujet dans sa globalité. Avant que la personne appareillée sorte d’un centre, il y a eu plusieurs heures de relations spécifiques avec l’audioprothésiste et beaucoup de temps après, parfois bien au-delà de ce qui est prévu dans le devis normalisé. N’allons donc pas modifier ce qui marche bien et qui nous permet d’obtenir un taux de satisfaction très important. Ainsi, je reste très prudent, car la personne qui aurait besoin d’un suivi très particulier et très fréquent sera fortement pénalisée par le coût engendré. S’agit-il d’une dépense qui sera prise en charge par l’Assurance maladie, par les Ocam ou du reste à charge ? Nous fonctionnons dans le cadre d’un système mutualisé qui permet à l’audioprothésiste de faire revenir très souvent son patient, c’est un gage de succès et le patient sait que nous ne le faisons revenir dans son unique intérêt. 
 
Le gouvernement vient de relever le numerus clausus des étudiants en 2e année de médecine. Il nous faut donc bien nous inspirer de cette mesure et l’appliquer à notre secteur en ajustant l’offre à la demande de soin et non pas aux offres d’emplois potentielles. Est-il difficile aujourd’hui d’obtenir un rendez-vous chez un audioprothésiste ? Dans un grand nombre de régions, je ne le pense pas. L’augmentation du nombre de diplômés en France ne peut se faire que dans un cadre concerté avec les professionnels du secteur, tenant compte de la qualité de l’enseignement dispensé et de la capacité des professionnels pédagogues à gérer les stagiaires. C’est bien à une analyse concrète de la situation que nous devons nous livrer. Il ne faut pas décréter sans concertation que l’on a trouvé une « solution miracle ». Le numerus clausus est un « robinet » intéressant, mais encore faudrait-il tenir compte des vannes qui sont ouvertes aux diplômes étrangers ; ils sont de plus en plus nombreux à demander leur équivalence, ce qui rend le système incohérent. 
 
Je trouve qu’une fois de plus, la question de la prise en charge des aides auditives, du rôle et des prestations de l’audioprothésiste sont décidés par des instances ou autorités dont la mission est toute autre. De plus en plus, la question des aides auditives est traitée sous l’angle simplement de « marché », plutôt que découlant du secteur de la santé. Il ne fait de mystère pour personne que nous sommes bien des acteurs économiques, mais il y a un prisme, parfois réducteur, qui nuit à la sérénité nécessaire pour traiter le sujet de l’audition, loin des polémiques et des postures de tel ou tel acteur. Chaque acteur a un rôle et un intérêt à agir et il ne faudrait pas que l’intérêt du porteur soit effacé au bénéfice du seul aspect tarifaire. Pour l’instant, c’est l’heure des programmes et donc des promesses politiques. Attendons de voir si la concertation entre les professionnels et les autorités pour le bien des patients en fera partie."
 
Alain TONNARD – P.-d.g. et cofondateur d’Audika



"L’étude d’étape de l’Autorité a le mérite de recenser et d’acter des données importantes du métier et du marché. Ce document de référence permettra d’éviter de nouvelles actions à charge qui décrédibilisent notre profession, comme nous en avons connu dans le passé et qui reposaient sur des données fausses ou incomplètes.
Nous sommes opposés au découplage, et nous l’avons exprimé à l’Autorité. Mais nous constatons que l’Adlc a néanmoins pris en compte les risques en recommandant de le « rendre possible » et non de l’imposer, et d’y associer des mesures nécessaires d’accompagnement (remboursement Sécurité sociale, campagnes d’informations, etc.). Le forfait actuel permet une prise en charge complète de nos patients, favorisant la qualité de l’appareillage et la satisfaction. Nous avons fait valoir que, chez Audika, nous obtenons un taux de satisfaction de 94 % chez nos clients (sondage IFOP). Pourquoi changer un système qui a fait ses preuves ?
Le risque principal du découplage est que nos clients ne viennent plus faire leur suivi s’il est payant, et que les plus démunis soient encore plus fragilisés.
Nous sommes en revanche favorables à ce que le numerus clausus soit relevé dans des proportions raisonnables, afin de répondre à de nouveaux besoins identifiés du marché.
Il s’agit finalement d’un avis plutôt « mesuré », mais Audika reste mobilisé au sein du Synea pour rappeler aux Pouvoirs publics les raisons de notre opposition au découplage."

Propos recueillis par Guillaume Bureau