Interview exclusive de Darius Marder, réalisateur du film oscarisé « Sound of Metal »

Interview


Le héros principal du film doublement oscarisé Sound of Metal, est un batteur qui perd l'audition

Le film de Darius Marder, Sound of Metal, (« Son du métal ») a récemment remporté deux Oscars, et a surtout fait grand bruit au sein de la communauté des audiologistes. Dans cette interview exclusive accordée à Peter Wix, rédacteur en chef d’Audio Infos UK, le réalisateur nous éclaire sur l’équilibre complexe entre la narration, la représentation des personnages et les réalités audiologiques du film, et revient également sur la polémique que son œuvre à déclencher.

« Je suis très à l’aise avec le film que j’ai fini par faire. Je comprends les choix que j’ai faits. J’ai beaucoup de respect pour les personnes de la communauté des audiologistes et cela me met mal à l’aise de penser que certains puissent regarder le film et penser qu’il se dresse contre l’implantation cochléaire. Ce n’est pas le cas. En réalité, ce film n’a aucune opinion sur les implants cochléaires. Les implants cochléaires sont simplement un fait, et certains membres de la communauté sourde avec un grand « S » pensent que la surdité n’est pas quelque chose qu’il faille « réparer ». Ce n’est pas mon opinion personnelle. Et presque tous s’accordent à dire que les implants cochléaires ont un son bien pire en vrai que ce qui est dépeint dans le film », révèle Darius Marder, le réalisateur. « Je dirais que le seul point du film avec lequel je ne suis pas tout à fait à l’aise, c’est la façon dont il couvre une partie du processus d’obtention de ces implants. Grâce aux recherches que j’ai effectuées, je sais à quel point ce processus est compliqué et intense, et il m’était impossible de le représenter dans son intégralité dans ce film. Je ne pouvais pas raconter les détails : ce n’est pas un documentaire sur l’obtention d’implants cochléaires ! Je ressens parfois le besoin de dire à la communauté des professionnels de la santé auditive que je sais à quel point il est difficile de voir certains aspects de ce que l’on fait… d’autant plus considérant le peu d’égard qui est donné à leur travail et qu’on ne les écoute pas… Et lorsqu’enfin on s’y intéresse, ils se retrouvent avec une fiction qui met en lumière l’audiologie, mais ne représente pas les processus de façon fidèle. Je suis conscient de cela. »

 
La surdité, un problème à résoudre ?
« Le film parle beaucoup des cinq étapes du deuil, et lorsqu’on s’éloigne de la conversation sur la surdité, les implants et tout le reste, le film traite moins de la surdité que de la dépendance, et d’une pathologie universelle qui est aggravée par l’addiction. On se dit « oh, ces gens ont une addiction », mais la façon dont nous gérons la perte, l’abandon, nos attachements, choses que nous avons tous vécues, pourrait être une expérience universelle. Et ce film traite de ces étapes qui doivent finalement aboutir à l’acceptation. Il ne s’agit pas vraiment du sujet en lui-même, mais plutôt d’un état d’esprit. Je pense qu’une fois qu’on arrive à l’acceptation, on trouve une certaine sérénité, mais sérénité ne veut pas dire silence. Vous savez, il y a le calme littéral qu’on obtient lorsqu’on retire les implants, puis il y a le calme qui ne peut que venir de nous, qui est en nous. Et ce sont deux choses différentes. Il y a beaucoup de sourds qui n’entendent pas, mais qui ont un bruit énorme en eux. », précise le réalisateur.

Faire vivre à une personne entendante l’expérience de la surdité, tout en touchant la personne malentendante ?
« C’est un film qui traite évidemment d’une réalité sonore très détaillée, même la surdité est vécue de manière sonore, chose qui, bien sûr, s’adresse par défaut aux personnes entendantes. Évidemment, tout l’élément sonore, qui constitue une grande partie de l’essence esthétique du film, est spécifiquement destiné à un public entendant. Mais en parallèle, nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir au montage, aux basses fréquences, l’effet que cela produit, aux subwoofers, aux sons très graves. C’était une volonté de notre part, pour que les personnes malentendantes et les spectateurs sourds puissent également ressentir le son du film. Donc, même d’un point de vue sonore, nous avons toujours pensé à la fois au public sourd et au public entendant, car ces différents publics perçoivent le son sur un spectre très large. Au-delà de ça, nous avons toujours voulu que ce film soit destiné à tous les publics. Les sous-titres sont une partie intégrante de la conception sonore et, à bien des égards, ils doivent permettre aux personnes sourdes et malentendantes de vivre cette expérience. »
 
L’entièreté de l’interview est à retrouver dans le numéro 258 d’Audi Infos France.
 

Peter Wix