Journée mondiale de l’audition : l’OMS présente son tout premier rapport mondial

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En 2050, le nombre de personnes sourdes et malentendantes  pourrait s’élever à plus de 2,5 milliards au niveau mondial et 236 millions à l’échelle européenne.

A l’occasion de la Journée mondiale de l’audition, le 3 mars 2021, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié, pour la première fois, un rapport mondial sur l’audition. Ce dernier dresse, non seulement un bilan épidémiologique, financier et international de l’audition, mais recommande également une stratégie gouvernementale, et des actions prioritaires pour augmenter les soins auditifs pour 90 % de la population mondiale d'ici 2030.

Ce rapport mondial sur l'audition fait suite à la résolution de l'Assemblée mondiale de la Santé adoptée en 2017, et appelant les Etats Membres à intégrer les soins de l’oreille et de l’audition dans leurs plans nationaux de santé. Il a été élaboré en collaboration avec des experts et des intervenants dans le domaine des soins de l'oreille et de l'audition, qui ont contribué à l'orientation stratégique du rapport et ont veillé à ce qu'il reflète un éventail de contextes culturels et d'approches des soins auditifs. Le rapport a une portée mondiale tout en mettant l'accent sur les pays à faible et moyen revenu, où le nombre de personnes malentendantes ne correspond pas à la disponibilité des services et des ressources.

1 personne sur quatre malentendantes en 2050

Actuellement, plus de 1,5 milliard d’êtres humains vivent avec une déficience auditive (dont 196 millions en Europe). En 2050, ce chiffre pourrait s’élever à plus de 2,5 milliards au niveau mondial et 236 millions à l’échelle européenne. De plus, au moins 700 millions de personnes nécessiteront des services de réhabilitation, contre 430 millions aujourd’hui (57 millions en Europe). « L'inaction sera coûteuse en termes de santé et de bien-être des personnes concernées, tout comme les pertes financières découlant de leur exclusion de la communication, de l'éducation et de l'emploi », précise le rapport. « En cette période particulièrement difficile, alors que le monde est confronté aux ravages causés par la pandémie de covid-19, il est justifié d'investir des efforts et des ressources pour prévenir et traiter la perte auditive, et ce pour plusieurs raisons » :

  • De nombreux cas de perte auditive peuvent être évités grâce à des mesures efficaces et disponibles. Avec plus d'un milliard de jeunes exposés à un risque de perte auditive évitable et environ 200 millions de personnes souffrant d'otites chroniques évitables ou traitables, l’OMS rappelle qu’il est urgent d'agir.
  • Des solutions technologiques et cliniques innovantes et rentables peuvent améliorer la vie de la plupart des personnes atteintes de perte auditive. Des millions de personnes profitent déjà de ces développements. En combinant la puissance de la technologie avec des stratégies de santé publique judicieuses, il est possible que ces avantages profitent à tous, en particulier à ceux qui vivent dans des régions mal desservies et éloignées du monde.
  • Les confinements précipités par la crise du covid-19 ont mis en évidence l'importance de l'audition et la nécessité de soins auditifs. Lorsqu'il est privé de contact visuel et social, le sens de l'ouïe nous permet de rester connecté.
  • Au taux de prévalence actuel, près de 1 000 milliards de dollars internationaux sont perdus chaque année en raison de la perte d'audition non traitée. Si aucune mesure n'est prise, ce chiffre continuera d'augmenter dans les décennies à venir. Dans le même temps, il a été démontré que l'investissement dans les soins de l’oreille et de l’audition est rentable, et les gouvernements peuvent espérer un retour de près de 16 dollars pour chaque dollar investi.
  • Cette phase de l'histoire du monde, où tous les gouvernements et les agences mondiales se concentrent sur la santé publique et le renforcement des systèmes de santé, offre une occasion unique d'intégrer les soins auditifs dans les systèmes de santé. L'intégration à l'heure actuelle, bénéficiera à des millions de personnes à risque ou vivant avec une perte d'audition, apportera des gains financiers aux pays et fera progresser la vision d’une couverture maladie universelle.

Améliorer le dépistage

« La perte auditive peut être évitée tout au long de la vie grâce à des interventions de santé publique efficaces. Chez les enfants, près de 60 % des pertes auditives sont dues à des causes qui peuvent être évitées par des mesures telles que la vaccination, l'amélioration des soins maternels et néonatals, le dépistage et la prise en charge précoce de l'otite moyenne. Chez les adultes, la législation sur le contrôle du bruit et la sécurité de l'écoute, ainsi que la surveillance de l'ototoxicité peuvent contribuer à maintenir les trajectoires auditives et à réduire le risque de perte auditive. » L'identification est la première étape dans la lutte contre la perte auditive et les maladies de l'oreille qui y sont liées. Le dépistage clinique à des moments stratégiques de la vie permet d'identifier ces affections le plus tôt possible. Les récents progrès technologiques, notamment des outils précis et faciles à utiliser, permettent d'identifier les maladies des oreilles et les pertes auditives à tout âge, dans un cadre clinique ou communautaire, et avec une formation et des ressources limitées.

H.E.A.R.I.N.G

Trois objectifs clairs pour l'amélioration des soins auditifs d'ici 2030 ont été mis en lumière par l’OMS au travers de l’acronyme : H.E.A.R.I.N.G*. Tout d’abord, l’OMS préconise une augmentation relative de 20 % de la couverture effective des services de dépistage auditif pour les nouveau-nés, puis une augmentation de 20 % de la couverture effective des adultes malentendants qui utilisent des technologies auditives (aides auditives et des implants auditifs), et enfin, une réduction de 20 % de la prévalence des maladies chroniques de l'oreille et des pertes auditives non traitées chez les enfants d'âge scolaire, âgés de 5 à 9 ans.

Traiter le plus rapidement possible

Une fois le diagnostic posé, une intervention précoce est la clé du succès. Un traitement médical et chirurgical peut guérir la plupart des maladies de l'oreille, ce qui pourrait inverser la perte auditive associée. Toutefois, lorsque la perte auditive est irréversible, la réadaptation peut permettre aux personnes concernées, c'est-à-dire à la société dans son ensemble, d'éviter les conséquences néfastes. Des progrès significatifs ont été réalisés au cours des dernières décennies à cet égard, et une série d'options efficaces sont désormais disponibles pour répondre aux besoins et aux préférences des personnes malentendantes. Les technologies de l'audition, telles que les appareils auditifs et les implants cochléaires, sont efficaces et rentables et peuvent profiter aux enfants comme aux adultes. Toutefois, il est essentiel que leur utilisation s'accompagne de services de soutien appropriés et d'une thérapie de réadaptation pour garantir les résultats souhaités, et que toute décision relative au traitement et à la réadaptation suive une approche centrée sur la personne et implique la famille ou les soignants de la personne. L'utilisation de la langue des signes et d'autres moyens de substitution sensorielle (comme la lecture labiale) sont également des options intéressantes pour de nombreuses personnes sourdes ; les technologies et services d'assistance auditive (comme le sous-titrage et l'interprétation en langue des signes) peuvent améliorer encore l'accès à la communication et à l'éducation pour les personnes malentendantes. 

*Hearing screening and intervention (Dépistage et intervention en matière d'audition), Ear disease prevention and management (prévention et gestion des maladies de l'oreille), Access to technologies (accès aux technologies), Rehabilitation services (services de réadaptation), Improved communication (amélioration de la communication), Noise reduction (réduction du bruit), Greater community engagement (engagement accru de la communauté).
 

Lucile Perreau