Les voies de la communication... pour ceux qui désirent être intelligibles

Lorsqu’on parle de malentendance, les solutions proposées concernent principalement l’appareillage, c’est-à-dire le récepteur. Or, la communication constitue un enchaînement de phrases et l’intelligibilité est la première des conditions à réunir.

Tous les éléments de la chaîne que va suivre le message de l’émetteur au récepteur doivent satisfaire les conditions d’intelligibilité.

Les modalités de chacune des étapes de cette trajectoire sont déterminantes pour la qualité de la communication, que l’on soit ou non malentendant. Le premier outil de travail d’un audioprothésiste est SA VOIX ! Sans une bonne intelligibilité, comment démontrer l’efficacité des outils de compensation, appareils auditifs et aides techniques ?

L’itinéraire de la communication

La communication comporte quatre étapes :

1. L’émission, caractérisée par la voix du locuteur. Sa qualité dépend du débit et de la qualité sonore du message, en particulier de la bonne séparation des phonèmes constitutifs (voir plus loin).

2. La transmission concerne le milieu environnant (transmission aérienne) ou les matériels de transmission (téléphone, appareils audios, sono...). Elle implique plusieurs facteurs :

- la qualité acoustique et sonore de l’environnement dans lequel se déroule la communication ;

- la qualité des outils utilisés et leur adéquation à l’audition de la personne et à ses conditions de communication.

3. La réception est assurée par l’oreille. Sa qualité dépend de l’état du système auditif et/ou des outils de compensation pour les malentendants.

4. L’interprétation est assurée par les aires auditives du cerveau. Leur activation met en jeu la connaissance de la langue, des mots, de la syntaxe et des sujets abordés, mais également la familiarité avec la voix de l’émetteur et la capacité à utiliser sa mémoire et les informations complémentaires apportées par les autres sens, en particulier visuelles.

Entendre et comprendre : une condition du vivre ensemble

Une publication de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees, 2014) du ministère de la Santé chiffre à 10 000 000 le nombre de personnes touchées par la malentendance. Les conséquences quotidiennes pour ces personnes sont multiples : insécurité dans l’espace public, stress, limitation des contacts sociaux.

Deux facteurs aggravants s’ajoutent à ces difficultés de base :

- l’environnement sonore, aussi bien des espaces publics que des lieux recevant du public,

- la qualité des messages émis (voix).

Collectivités, entreprises de transports en commun, structures accueillant du public : l’enjeu est de permettre à chacun de mener sa vie quotidienne normalement, pour bien vivre ENSEMBLE.

La voix de l'intelligibilité

La parole est constituée d’une suite d’unités sonores, les phonèmes. Ils n’ont aucun sens en eux-mêmes, ils peuvent correspondre à plusieurs sons. Ils sont prononcés de façon différente selon les locuteurs ou selon leur position au sein du mot et leur environnement dans la phrase ou dans le discours.

Donner la parole : donner SA parole

L’expression « donner la parole » est souvent comprise comme le fait de laisser parler l’autre. Or, il s’agit d’abord de donner SA parole à l’autre. C’est-à-dire de formuler son message de façon à ce qu’il soit compris par l’autre, et pas seulement d’aligner ses mots à soi.

Donner SA parole, c’est émettre un message intelligible par l’autre :

- dans sa forme ;

- dans son contenu.

• L’intelligibilité

Notre voix est notre premier outil de communication. De sa qualité dépend non seulement l’intelligibilité de notre message, mais sa perception affective. Une voix mal placée, difficile à comprendre, c’est

- de la fatigue inutile pour vous ;

- des malentendus pour vos interlocuteurs.

Une voix perçue comme désagréable influe négativement sur la perception du message. L’intelligibilité de la voix passe par sa forme (la voix, l’intonation, le débit, l’accentuation des mots, l’articulation) et par son contenu (les mots utilisés, la simplicité des phrases, l’enchaînement logique et cohérent des mots et des phrases).

• La voix

Elle est caractérisée par trois paramètres acoustiques :

- la hauteur, ou fréquence, ou tonalité : en Hertz

Elle rend compte d’une voix grave, médium ou aiguë naturellement. Dans la parole, la hauteur de la voix varie en permanence. C’est l’intonation qui confère à la voix des qualités esthétiques et de communication. En réalité, chaque voix utilise toutes les fréquences, même si certaines sont dominantes et caractérisent la voix grave, médium ou aiguë. On parle de spectre vocal pour définir la voix d’une personne.

- l’intensité : en décibels, qui varie dans la parole, permettant de passer d’une voix murmurée à une voix projetée. Elle est réglée par la pression d’air envoyée dans les cordes vocales. Nous avons tous une amplitude habituelle de voix avec un minimum et un maximum. Lorsque l’on chuchote ou lorsque l’on élève sa voix au-delà de son maximum naturel, l’intelligibilité diminue.

- le timbre : paramètre qualitatif, il permet d’identifier une voix et de la reconnaître (voix « chaude », « nasillarde », « métallique », etc.). C’est l’empreinte digitale de la voix, ce qui permet de reconnaître un interlocuteur avec qui l’on a déjà échangé. C’est aussi le principal critère qualitatif qui rend ou non une voix sympathique.

La voix est extrêmement riche et peut être qualifiée par une multitude d’adjectifs :

Hauteur = perchée, grave, aiguë, etc.

Intensité = sourde, douce, forte, tonitruante, etc.

Timbre = clair, voilé, granuleux, rauque, éraillé, enfantin, détimbré, chaud, léger, profond, vulgaire, velouté, acide, métallique, sifflant, etc.

Expressivité : décidée, ferme, sécurisante, hésitante, brutale, coupante, tranchante, sarcastique, cinglante, apaisante, charmeuse, agressive, lumineuse, ironique, timide, etc.

En dehors de ces paramètres acoustiques (physiques), d’autres facteurs sont essentiels pour l’intelligibilité : le débit, le découpage et l’articulation.

• Le débit

On considère que le débit moyen de la langue française est de cinq syllabes par seconde, soit 100 à 300 mots par minutes. Nous connaissons tous des personnes qui parlent très vite. Phénomène que j’ai baptisé « la mitraillette occitane » dans notre Sud-Ouest. Non seulement ils avalent nombre de syllabes, mais il n’y a plus de ponctuation qui permette de découper les phrases. Là où ces mitraillettes verbales sont dures pour tous, elles sont carrément inintelligibles aux personnes malentendantes.

Le malentendant a besoin de recourir à sa mémoire pour reconstituer les éléments mal perçus. Cela suppose un débit qui lui laisse le temps de recourir à sa mémoire pour compléter. Il ne peut supporter un débit rapide.

• Le découpage : l’accentuation et l’articulation

L’écriture découpe le message grâce à la ponctuation : virgule, point, point d’interrogation, point d’exclamation, point-virgule, points de suspension, passage à la ligne.

Il en va de même avec la parole. Elle doit découper le message pour que le cerveau analyse plus facilement les phrases.

L’accentuation est la ponctuation dans un texte. Elle donne du relief à la phrase et permet de mieux séparer les phonèmes.

L’articulation donne le rythme de la phrase et permet de mettre en relief chaque phonème et donc de les distinguer les uns des autres.

Le découpage est aussi affaire de respiration. En parlant, il faut reprendre son souffle. Avoir une bonne élocution, c’est reprendre son souffle à un moment où la phrase se découpe : plus longuement en fin de phrase ou de sujet, plus brièvement entre deux morceaux de phrases. Certains présentateurs audio-visuels enchaînent mots et phrases sans découpage, sans arrêt significatif entre les sujets. Exemple relevé il y a quelques années (les reprises de souffle sont marquées d’une barre /) : « Un airbus s’est abîmé en mer / au large du brésil Gaël Monfils / s’est qualifié aux internationaux ». Le tout débité en continu... de telle sorte qu’une première écoute fait comprendre que Gaël Monfils était au large du Brésil ! Ce mauvais découpage est souvent caricatural chez les journalistes qui alignent des sujets totalement différents : du plus gai au plus tragique, du politique au sportif. Cela ajoute à l’embrouillamini verbal.

Du message au sens : mémoire, déformation...

Entre l’émission d’un message – ce qui en est retenu et ce qui reste lorsqu’on le répète –, il y a des pertes de contenu et de sens, voire des rajouts.

Dans la vie quotidienne, cette intelligibilité se joue chaque jour dans des situations de communication spécifiques tant dans la vie privée, dans la vie sociale ou dans la vie professionnelle. Il s’agit de comprendre la voix de l’autre en vis-à-vis ou à distance, seul ou dans un groupe, dans le calme ou dans un environnement sonore variable.

Chacun d’entre nous réagit spécifiquement à chacune de ces situations de communication. C’est cela qu’il faut examiner attentivement pour trouver les meilleures stratégies pour faire face aux malentendances, et trouver leurs modes d’emploi personnalisés.

Les perturbations de l’environnement sonore

L’intelligibilité pose problème au malentendant, même dans le calme. Mais la communication se déroule bien souvent dans un environnement sonore variable qui aggrave le problème. Nous sommes TOUS à un moment ou à un autre dans des situations de MAL-entendance ! Ces perturbations sont dues à la présence dans le même espace sonore de sons concurrents : le message à comprendre, mais aussi d’autres sons (bruits ou paroles) qui se mélangent à lui.

Améliorer les conditions d’intelligibilité, c’est :

- Réduire les bruits inutiles en transférant le sonore vers le visuel ou le tactile ;

- Améliorer l’acoustique ;

- Permettre la meilleure perception stéréo ;

- Promouvoir des règles de bonne conduite, à commencer par les dix commandements.

LES DIX COMMANDEMENTS POUR ÊTRE INTELLIGIBLE

On parle souvent des règles à respecter pour parler à un malentendant. Alors qu’il s’agit de règles pour s’adresser aux autres ! Trop souvent, on s’adresse aux autres sans leur prêter attention, et sans vérifier qu’ils sont à l’écoute. Tout cela est source de fatigue, de malentendus, de crispations.

Pour être sûr que votre interlocuteur va pouvoir vous écouter et vous comprendre sans fatigue :

1 - Attirez son attention avant de lui parler ;

2 - Placez-vous en face de lui ;

3 - Ne soyez pas à contre-jour ;

4 - Parlez à vitesse régulière, articulez avec la ponctuation ;

5 - Ne criez pas, cela déforme votre visage ;

6 - Ne mettez pas la main devant votre bouche ;

7 - Ne parlez pas la bouche pleine (cigarette, chewing-gum, etc.) ;

8 - Évitez ou supprimez les bruits de fond ;

9 - Ne répétez pas dix fois les mêmes mots : modifiez la phrase ;

10 - N’oubliez pas que les noms propres et les nombres sont plus difficiles à comprendre.

Collectivités locales : l’échéance 2015 de l’accessibilité

Les collectivités locales ont établi pour la fin septembre 2015 un programme de mise en conformité d’ici 2018 de leurs espaces recevant du public. L’audition est rarement prise en compte dans les audits réalisés, les préconisations se limitant aux boucles magnétiques.

Or, une bonne accessibilité devrait comprendre :

- une bonne qualité acoustique des locaux,

- des éléments techniques individuels ou collectifs,

- une bonne qualité visuelle des locaux,

- une bonne qualité des émetteurs, c’est-à-dire des personnels informés et formés à l’intelligibilité de la parole et à l’écoute.

Retrouvez les informations sur l’action de VQA sur le site : www.l-ouie.fr

© DR

Jérôme Goust

Informations produits

Z Power : une deuxième génération de batteries rechargeables pour aides auditives
23 Avr 2019 17:49Z Power : une deuxième génération de batteries rechargeables pour aides auditives

batteries rechargeables


crédit: MF3d / iStock

La deuxième génération Z Power est sorti en mars 2019. Ce système inclue des piles rechargeables et un dock de chargement pour "hearables", dont les aides auditives font partie, ainsi que les oreillettes Bluetooth. 

Styletto primé à l'IF Design 2019
01 Avr 2019 17:23Styletto primé à l'IF Design 2019

Distinction

  • Après trois jours de délibération, le jury composé de 67 experts en design a attribué le prix iF Design 2019 à l’aide auditive Styletto de Signia (marque premium d’aides auditives du groupe WS Audiology).

Otoscan : un scanner 3D pour renforcer le lien entre l'audioprothésiste et le patient
28 Mar 2019 17:03Otoscan : un scanner 3D pour renforcer le lien entre l'audioprothésiste et le patient

vu au congrès des audioprothésistes 2019


crédit: Otometrics

Sortie en mai dernier, l’Otoscan scanne le conduit auditif. A la clé, une solution technique qui remplace les empreintes en silicone, et surtout un dispositif qui impressionne les patients.

OPN S : A la recherche d’une audition presque parfaite
28 Mar 2019 16:48OPN S : A la recherche d’une audition presque parfaite

COngres des audios 2019


Avec sa nouvelle aide auditive OPN S, Oticon ouvre le champ sonore à 360% et promet une compréhension de la parole en environnements bruyants comparable à celle d’une audition normale.

Starkey Livio AI : une nouvelle aide auditive pour super-humain
26 Mar 2019 17:15Starkey Livio AI : une nouvelle aide auditive pour super-humain

Aide auditive 3.0

© Jim Wallace - Livio AI

Starkey a annoncé ce jeudi 21 mars à la Philharmonie de Paris, le lancement européen de sa nouvelle gamme d’aide auditive de haute technologie, le Livio AI.