LES MALENTENDANTS SONT-ILS LES OUBLIÉS de la solidarité nationale ?

Il a d’ailleurs, pour la seconde année consécutive, souhaité faire de la prise en charge financière le thème central de la matinée politique. Audio infos revient avec lui sur les actions menées par le syndicat en 2014 et sur les défis d’aujourd’hui. Interview.

Audio infos:Les 10, 11 et 12 avril 2015 se déroule la trente-septième édition du congrès de l’Unsaf. Le congrès commence le vendredi, pourquoi ce changement de format ? Qu’attendez-vous de ce troisième congrès que vous présidez ?

Luis Godinho : Nous avons décidé de débuter le congrès le vendredi à la demande de nos exposants. Je crois que les industriels – qui une fois par an sont nos clients – ont considéré que ce serait un format plus favorable à la fréquentation. Nous étions de cet avis. Nous sommes donc revenus à ce format que nous avions testé pour la première fois en 2011 et que nous n’avions pas réitéré depuis. Nous avons une surface d’exposition en augmentation par rapport aux années précédentes. Les espaces « exposants » sont plus grands aussi et j’espère que le nombre de visiteurs sera à l’avenant !

Audio infos: Quels seront les moments forts de ce congrès de l’Unsaf 2015 ?

Luis Godinho : Le changement de format change aussi les thèmes des journées. Nous allons donc débuter le congrès par la matinée politique. Elle proposera cette année deux tables rondes qui aborderont deux thématiques autour de la prise en charge. La première table ronde abordera de ce fait la question du remboursement obligatoire. La seconde abordera la place du remboursement complémentaire. Ces deux tables rondes permettront de parler du rôle de chacun et de parler de la prise en charge actuelle qui laisse environ 1 000 euros de reste à charge par personne et par oreille. Cela ne permet pas l’appareillage d’une partie de la population française qui devrait en bénéficier.
Autre nouveauté, avec ce changement de format, nous avons déplacé la demi-journée du Collège national d’audioprothèse (CNA) au vendredi après-midi, et cela afin de conserver toute l’actualité politique et scientifique le vendredi et le samedi, et de consacrer un peu plus le dimanche à l’espace d’exposition, avec ses animations comme la remise des prix des stands, etc. Par ailleurs, nous aurons une Journée scientifique avec une thématique forte : « Bien entendre pour prévenir le déclin cognitif — Bien entendre pour mieux vieillir ». Les études sont de plus en plus nombreuses et convergentes sur les énormes problèmes posés par le non-équipement auditif, notamment chez la personne âgée. Nous attendons de nombreux scientifiques de haut niveau que nos co-organisateurs de cette journée, Éric Bizaguet et Paul Avan, ont invités.

Audio infos: Quel regard portez-vous sur l’année 2014 pour le secteur de l’audioprothèse ?

Luis Godinho : Économiquement, je crois que 2014 a été une année un peu moins difficile que 2013. Même s’il y a toujours plus de laboratoires et que les professionnels en place n’ont pas forcément l’impression que ce sont des années fastes. Mais quelque part, le maillage suit la progression du taux d’équipement.
D’un point de vue politique, je dirais que nous avons beaucoup travaillé à répondre factuellement, avec des documents de travail étayés et bien recoupés, au nombre conséquent d’attaques injustes qui ont frappé notre secteur d’activité. J’invite d’ailleurs tous les professionnels à venir consulter ces rapports que nous avons mis en ligne sur le site Internet de l’Unsaf dans la rubrique « Les synthèses de l’Unsaf ». Je pense qu’il y a un certain nombre de dossiers de fond que nous avons mis en place et publiés pour enfin sortir de débats qui n’étaient pas d’un niveau acceptable… Aujourd’hui, cela fait un an que nous avons communiqué sur le vrai problème français, qui est celui du reste à charge. Aussi, nous avons avancé significativement avec la revalorisation de la CMU-C. La révision du panier de soins était urgente puisqu’il n’y avait pas eu de modification depuis l’Arrêté du 31 décembre 1999. Il faut continuer dans cette voie. Et nous avons également travaillé à déblayer les autres sujets qui ont pu faire parfois, de manière indue, l’actualité de notre secteur…

Audio infos: Vous parlez de l’arrêté autorisant la vente des assistants d’écoute en pharmacie ?

Luis Godinho : Tout à fait. Certes, nous avons subi un revers l’an dernier avec cet arrêté incompréhensible sur les assistants d’écoute, mais quelque part cela a éteint le sujet. Aujourd’hui, il n’y a plus de polémique. Mais nous continuons à penser que ce texte n’est pas bon. Cependant, nous savons aussi que les gens sont raisonnables et savent très bien qu’améliorer leur audition est quelque chose de complexe. Les pharmaciens sont les premiers à très peu proposer ces produits. Il ne faut pas oublier que les personnes qui acquièrent ce type de produits, à l’étranger par exemple, le font parce qu’elles ne peuvent acquérir un appareil auprès d’un professionnel qualifié, avec un accompagnement humain. S’il y a un jour une évaluation de ces produits – cela n’a pas été le cas pour l’instant – par la Haute autorité de santé (HAS), par l’ANSM ou autre, je pense que les Pouvoirs publics adopteront un positionnement différent. Il pourrait se comparer à celui que la FDA américaine a adopté et qui précise que les assistants d’écoute ne peuvent pas se substituer à un produit délivré dans le cadre d’un accompagnement par un professionnel. Ce n’est pas un problème de produit, c’est un problème d’accompagnement humain.

Audio infos: Quels autres chantiers vous ont occupé l’an dernier ?

Luis Godinho : Nous avons tenté de mettre en place des échanges beaucoup plus nombreux et répétés avec les autres professions de santé. Personnellement, je me suis beaucoup investi au sein de l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS). Et puis il y a eu également en novembre 2014, ma nomination au sein du Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM). J’y représente les professions de santé libérales aux côtés de deux médecins, d’un pharmacien officinal, d’un chirurgien-dentiste et d’un infirmier. Cela me paraît extrêmement intéressant puisque c’est une structure qui ne décide de rien en direct, mais qui donne des avis qui sont souvent suivis. Et j’espère pouvoir aider à mieux y faire reconnaître notre métier et mieux expliquer ses spécificités.

Audio infos: L’alliance syndicale est aujourd’hui plus que jamais à l’ordre du jour ?

Luis Godinho : En effet. Pour faire un bilan un peu plus large, à deux ans, je dirais qu’il y a eu un important travail pour se faire connaître, grâce également aux outils mis en place par mes prédécesseurs. Je pense notamment à la fusion syndicale qu’a conduite Benoît Roy avant moi. Il est évident que grâce à cela nous avons aujourd’hui des possibilités nouvelles et que ces possibilités nous permettent de marquer des alliances. Nous avons aujourd’hui des discussions plus ouvertes en interne, puisque pour certains dossiers que nous menons, nous le faisons aussi bien avec le Syndicat national des centres d’Audition Mutualiste (Synam) qu’avec le Syndicat national des entreprises de l’audition (Synea). Dans le même temps, la proximité naturelle avec le Collège national d’audioprothèse n’a fait que se renforcer. Tout cela nous permet aujourd’hui de gagner encore en crédibilité et en visibilité, notamment dans le champ des professionnels de santé. Les professions qui se font le mieux entendre sont celles qui sont unies ! La nôtre est tout de même « petite », en termes d’effectifs, de chiffre d’affaires aussi, etc. Il me semble que nous ne pouvons pas avoir le luxe d’être en désaccord. Ce serait véritablement délétère. Mais les différents syndicats n’ont pas vocation à tout faire en commun. Ils ont chacun leurs spécificités. Pour autant, il est évident que les messages portés d’une même voix sont toujours plus forts. Pour exemple, je tiens à souligner qu’à l’occasion de la Semaine du Son, ce sont tous les représentants de toute la profession qui ont participé à l’événement. C’est la première fois que sur l’affiche d’une manifestation nationale, le CNA, le Synam, le Synea et l’Unsaf apparaissaient ensemble.

Audio infos: L’initiative « Avenir de l’audioprothèse » témoigne-t-elle de cette unité ?

Luis Godinho : Tout à fait. Lors de notre conférence de presse du 26 février, nous avons formalisé avec le Collège et le Synea le lancement de l’initiative « Avenir de l’Audioprothèse ». Elle vise à défendre les spécificités du métier d’audioprothésiste. Son objectif est de fédérer les acteurs du secteur afin de parler d’une même voix dans le respect des spécificités de chacun et de gagner ainsi en légitimité à la fois auprès des pouvoirs publics, mais également des complémentaires. Et, le dossier prioritaire qui nous mobilise est de présenter une doctrine commune vis-à-vis des plates-formes mises en place par les Ocam et d’énoncer les critères d’acceptabilité de leurs contrats avec les audioprothésistes et qui implique nécessairement : la liberté de choix du patient, la reconnaissance du postulat que la qualité de la prestation est la clé de la réussite de l’appareillage et l’indépendance de chaque métier.

Audio infos: Le reste à charge demeure « LE » dossier prioritaire pour vous et pour le syndicat ?

Luis Godinho : À titre personnel, lorsque mes collègues m’ont appelé à présider l’Unsaf, c’était pour moi le dossier le plus important. Il l’est toujours aujourd’hui. Les enjeux de santé publique amenés par les problèmes auditifs sont colossaux. Le coût de la malaudition non appareillée − non-employabilité, dépendance, etc. − est faramineux ! Je pense que le jour où des études médicoéconomiques de qualité seront menées en France, il y aura plus d’argent alloué pour aider les malentendants à s’appareiller. Et notamment, si à court terme, cela permet à l’État un bon retour sur investissement. Et ce serait le cas, notamment avec les personnes âgées. Alors, je ne désespère absolument pas que l’on puisse un jour faire bouger le remboursement obligatoire, au moins un peu. Il faut considérer que quelques dizaines de millions d’euros seulement pourraient changer la donne au niveau du régime de remboursement obligatoire. Ce n’est pas rien, mais quand on considère que cela pourrait faire économiser − au moins − quelques centaines de millions d’euros dans d’autres secteurs de la santé, alors cela semble représenter un bon pari sur l’avenir !

Audio infos: Quelles actions menez-vous pour faire évoluer le dossier du reste à charge ?

Luis Godinho : Nous rencontrons les « gens de dossiers », nous leur expliquons que cela coûte cher de ne rien faire, nous leur expliquons aussi que l’on a une profession forte de 3 000 audioprothésistes, mais que si l’on compte les assistants, les techniciens, les personnes qui travaillent au sein des fabricants, c’est un secteur qui emploie quand même plus de 10 000 personnes ! On leur explique que c’est un secteur qui crée de l’emploi, qui a un intérêt économique important, sans compter son intérêt sanitaire majeur, qui in fine, offre la possibilité aux personnes malentendantes de ne pas se désocialiser, de ne pas tomber en dépression, de ne pas surconsommer de soins, de ne pas tomber en dépendance ! Pour faire évoluer le reste à charge, il nous faut donner des informations, expliquer, démontrer, faire de la pédagogie afin de faire évoluer les mentalités. Il faut que les personnes idoines comprennent véritablement notre métier, ses enjeux, ses réalités. Évidemment, les contraintes budgétaires sont actuellement extrêmement fortes et cela n’aide pas. Aussi, beaucoup, hors de notre métier, s’interrogent sur la liberté totale tarifaire, et c’est vrai que c’est un questionnement que j’ai également. Je me suis d’ailleurs déjà prononcé à titre personnel et syndical pour un socle négocié obligatoire en entrée de gamme. Je pense que cela permettrait de poser une base de santé publique pour les personnes qui souhaitent en bénéficier, tout en conservant les possibilités de choix pour ceux qui veulent des modèles plus haut de gamme, avec une liberté tarifaire. Il est vrai que ce n’est peutêtre pas la vocation du régime obligatoire et même des complémentaires de financer le très haut de gamme… Nous sommes en contact avec l’Assurance maladie et le ministère sur ce dossier d’une offre négociée. Les choses prennent du temps. Et plus globalement sur la problématique du reste à charge, est-ce que l’on réussira à faire bouger les choses dans trois mois, trois ans ? Personne ne le sait ! Mais le succès, comme le disait Winston Churchill, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. Et je suis assez convaincu, étant donné les caractéristiques démographiques de notre pays, que cette problématique du reste à charge sera de plus en plus présente et sera relayée par la population. Je pense de ce fait que les choses évolueront, mais j’espère surtout qu’elles évolueront dans le sens d’un bon accompagnement des malentendants par les professionnels de la santé auditive. C’est pour cela que l’on se bat tous les jours.

Audio infos: Quel serait selon vous « Le » modèle idéal pour l’audioprothèse ?

Luis Godinho : Je crois que ni le modèle anglais qui semble être finalement très dépensier laissant peu de choix pour les patients, ni le modèle américain ne sont satisfaisants. En France, nous présentons un bon taux de satisfaction, mais nous avons un problème de reste à charge. Au demeurant, il semblerait que l’absence de reste à charge n’est pas bon non plus, les gens sont alors démotivés et utilisent mal ou peu leurs appareils. Mille euros de reste à charge, c’est en revanche beaucoup trop ! Nous pensons qu’il est possible de faire un modèle original, s’appuyant sur des professionnels libéraux – qui sont là dans notre cas. L’idée est que nous fassions un effort tarifaire pour l’accessibilité avec un prix diminué du quart du reste à charge actuel, c’est-à-dire de 250 euros. Dans le même temps, il serait idéal que le régime obligatoire fasse un effort en passant le remboursement de 120 à 250 euros, et que le régime complémentaire suive également cette dynamique, afin que le patient ait un reste à charge raisonnable et qui permettrait de « tester » sa motivation. Une offre qui ne serait pas égale au remboursement, mais qui serait suffisante, pour permettre aux malentendants de bien s’équiper.

Audio infos: Vous proposez de la formation continue pendant le congrès, quid de la formation initiale ?

Luis Godinho : Je pense que nous ne devons pas avoir un gouffre entre un médecin ORL à bac plus douze d’un côté et un audioprothésiste à bac plus trois de l’autre. À mes yeux, un diplôme à bac plus cinq est quelque chose qui a du sens, car il y a de plus en plus de contenu dans notre métier. Cela pousse à réfléchir sérieusement au fait que le format de notre formation devra changer… Même s’il est beaucoup moins obsolète que le remboursement, puisque le programme actuel date du début des années 2000, alors que le remboursement n’a pas évolué depuis 1986 ! Mais il faut un projet, il faut un contenu, il faut une articulation avec la partie médicale qui ait du sens. Aujourd’hui la réingénierie de notre profession est en « pause », car le ministère de la Santé a décidé de la freiner, pour l’instant. Mais je suis certain que c’est un dossier qui va redevenir au fil du temps de plus en plus important. Et nous sommes dans cet élan du passage du diplôme à cinq ans.

Audio infos: Que(s) message(s) souhaitez-vous adresser aux audioprothésistes ?

Luis Godinho : J’aimerais leur dire : Ayez confiance en vous ! On ne peut pas faire sans vous, correctement. Ne surréagissez pas aux événements, gardez le contact avec vos patients, ils ont besoin de vous. Le fond du métier, il ne faut pas l’oublier, ce n’est pas de vendre un appareil, c’est d’aider son patient dans ses capacités de communication, dans le maintien de sa vie sociale. Et vous êtes les acteurs de l’amélioration de la qualité de vie et de la santé de vos patients. Il y aura besoin d’audioprothésistes dans cinq ans, dans dix ans, dans quinze ans ! Vous exercez un métier d’avenir ! C’est un métier fabuleux, où l’on peut toujours s’améliorer et apprendre de nouvelles choses !
J’aimerais aussi leur dire que tout le travail que nous faisons, en tant que bénévoles, est fait pour eux. Et j’aimerais qu’ils nous soutiennent davantage encore, qu’ils soient plus nombreux à adhérer à l’Unsaf, qu’ils viennent plus nombreux au congrès, afin de pérenniser les efforts que nous menons pour faire valoir notre profession, la défendre et la rendre plus forte.

Guillaume Bureau

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