L'impact de la contraception sur les oto-émissions acoustiques

Endocrinologie

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Hommes et femmes ne sont pas égaux devant les oto-émissions acoustiques… Les femmes produisent, en moyenne, un plus grand nombre d'oto-émissions spontanées (et plus puissantes) que les hommes, et ce depuis la naissance. D'où provient ce dimorphisme sexuel ? Une hypothèse majeure a été avancée : la différence d'exposition aux androgènes pendant la vie fœtale entraînerait des différences physiologiques entre les deux sexes. Une équipe de neuroscientifiques de l'université de Western Ontario (Canada) s'est intéressée à l'impact des hormones sexuelles à l'âge adulte, et notamment aux modifications apportées par la contraception orale chez les femmes.

Les oto-émissions acoustiques spontanées (OEAS) et provoquées (OEAP) ont été mesurées chez trois groupes : des jeunes hommes, des jeunes femmes sous contraception orale (à l'éthinyl estradiol) et des jeunes femmes ne suivant pas ce mode contraceptif. "Aucune différence significative n'a été mesurée entre les femmes sous contraception orale et les hommes", rapportent les chercheurs, que ce soit le nombre d'OEAS ou leur puissance totale. Le même effet – quoique moins net – apparaît pour les oto-émissions provoquées : elles sont de plus faibles amplitudes pour les hommes et les femmes sous contraception orale.

Les chercheurs parlent ainsi de "déféminisation" de cette propriété de l'oreille interne causée par la contraception orale, "en accord avec l'hypothèse selon laquelle l'environnement hormonal adulte exerce une influence importante sur la production d'oto-émissions acoustiques". Quelles hormones sont impliquées ? La testostérone ne le semble pas : sa concentration, évaluée à partir de prélèvements de salive, n'est pas corrélée aux variations des oto-émissions détectées entre les trois groupes. Les neuroscientifiques canadiens penchent plutôt vers l'estradiol, dont la production ovarienne est inhibée par la contraception orale : cette hormone sexuelle jouerait un rôle majeur pour favoriser l'amplification des variations de pression dans la cochlée. Ces travaux ouvrent un chemin d'investigation commun pour les endocrinologues et les médecins ORL.

Source : Snihur AW et Hampson E. Oral contraceptive use in women is associated with defeminization of otoacoustic emission patterns. Neuroscience. 2012 ; en ligne le 1er mars.

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G.F.