En vidéo : Découverte de la cause génétique et du mécanisme de surdités liées au bruit

Découverte

Christine Petit dirige le laboratoire de Génétique et Physiologie de l'Audition à l'Institut Pasteur. Elle a été nommée en 2002 professeur au Collège de France dans la chaire de Génétique et physiologie cellulaire. ©G.Bureau

Des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, du Collège de France et de l’université d’Auvergne ont mis en évidence le rôle de la pejvakine dans la surdité liée au bruit.

À l’occasion du 13e Congrès de la Société française d’Audiologie (SFA) qui se tenait à Lille les 6 et 7 novembre, les professeurs Christine Petit et Paul Avan ont ouvert le bal des interventions afin de présenter les résultats de leurs récents travaux sur les causes génétiques de l’hypervunérabilité à l’exposition sonore. En d’autres termes, les chercheurs ont découvert qu’une atteinte génétique pouvait être à l’origine de pertes de l’audition déclenchées par des sons même faibles. Leur étude, qui a permis d’identifier la fonction clé de la pejvakine, une protéine dont l’absence est liée aux surdités provoquées par le bruit, a été publiée dans la revue américaine Cell le 5 novembre.

Explications par les professeurs Christine Petit et Paul Avan :



Dans le détail, le gène codant pour la pejvakine (« écho » en persan) avait déjà été identifié dans des cas de surdité neurosensorielle précoce par l’équipe du professeur Christine Petit de l’Institut Pasteur et Sedigheh Delmaghani, en collaboration avec le professeur Paul Avan, du laboratoire de Biophysique sensorielle de l’université d’Auvergne. Alors que les tests audiométriques réalisés chez des individus porteurs de mutations de ce gène ont montré une diversité des atteintes auditives, les chercheurs ont cherché à étudier l’origine de cette hétérogénéité.

L’étude de souriceaux dont le gène codant pour la pejvakine a été inactivé révèle des atteintes auditives très variables d’un souriceau adulte, d’une surdité légère à profonde. Les chercheurs ont notamment observé que plus les souriceaux sont nombreux dans la cage, plus l’environnement acoustique est bruyant, les petits mammifères vocalisant intensément lors des trois premières semaines de vie, en particulier au moment de la tétée. Les scientifiques se sont également aperçus que le seuil auditif des petits rongeurs augmentait avec le nombre de souriceaux dans la cage. Une stimulation acoustique directe et contrôlée a montré que l’environnement acoustique des souriceaux dont le gène de la pejvakine a été inactivé traumatise leur système auditif.

L’exposition sonore provoque une prolifération des peroxysomes (en vert) dans les cellules sensorielles auditives de souris pourvues de pejvakine (Pjvk+/+, au milieu), et cause leur dégénérescence chez la souris dépourvue de pejvakine (Pjvk-/-, à droite). © Institut Pasteur

En allant plus loin, les scientifiques ont observé qu’en l’absence de pejvakine, les cellules sensorielles auditives des petits rongeurs s’altèrent dès que les animaux sont exposés à des sons, même en cas d’exposition équivalente à une minute en discothèque chez l’homme par exemple. Si les cellules récupèrent leur fonctionnalité après deux semaines dans le silence, elles finissent par mourir dans le cas où l’exposition sonore se prolonge ou se répète. « Nous avons découvert qu’une atteinte génétique peut être à l’origine de pertes de l’audition déclenchées par des sons même faibles », explique le Pr Christine Petit.  

Cette hypervulnérabilité aux sons est retrouvée chez l’homme, chez les personnes dont la pejvakine est altérée. Les tests audiologiques standards révèlent des réponses des cellules sensorielles auditives et des neurones initialement normales mais qui s’altèrent progressivement au cours de l’examen sous l’effet de la stimulation sonore.
 

Le professeur Christophe Vincent à gauche, président de la SFA en compagnie de Christine Petit et de Paul Avan. ©G.Bureau

« L’appareillage auditif est une solution, explique les professeurs Avan et Petit. Mais son principe est d’exposer le porteur d’appareils à des sons amplifiés, donc forts. Or, on ne sait pas encore quel pourcentage de la population ne possède pas de pejvakine, ou une forme moins efficace, mettent en garde les chercheurs. Nos résultats indiquent que chez ces personnes, les aides auditives devraient être non seulement inefficaces, mais sans doute délétères pour l’audition résiduelle. »

Les chercheurs comptent désormais explorer la voie de la thérapie génique pour rétablir l’action de la pejvakine. Surtout, il reste à déterminer quelle proportion de la population humaine souffre de cette déficience en pejvakine, et comment la dépister.
 

GB & FB