Arrêter de bouger pour mieux entendre : le rôle de l'inhibition du cortex moteur

Cortex auditif

Audio infos
Audiology infos
© PHPERS-EXP-119-011 - Phovoir

Cesser tout mouvement faciliterait l’écoute grâce à l’inhibition de neurones du cortex auditif par des neurones du cortex moteur. C’est ce que révèle une étude parue en septembre 2014 dans la revue Nature.

David M Schneider, Anders Nelson et Richard Mooney, du département de neurobiologie de l’école de médecine de l’université Duke, à Durham, en Caroline du Nord (États-Unis), ont montré que des neurones excitateurs du cortex auditif sont inhibés avant et pendant un mouvement chez la souris. Cette inhibition serait due au cortex moteur.

Des recherches précédentes ont déjà mis en évidence des décharges corollaires, c’est-à-dire des copies de messages moteurs envoyées par le système nerveux à d’autres parties du cerveau, comme le cortex auditif, afin de moduler le traitement de l’information auditive en fonction du mouvement. C’est le cas notamment lors de l’activité corticale auditive durant des vocalisations ou la production de gestes liés à l’écoute de la musique. Ces décharges corollaires permettraient de faciliter l’écoute pendant des comportements acoustiques. Cependant, les mécanismes de ces décharges sont encore inconnus.

Par leurs études en électrophysiologie et optogénétique menées chez la souris, les chercheurs américains ont observé le rôle d’interneurones situés dans le cortex moteur secondaire qui innervent le cortex auditif et qui s’activent durant le mouvement. La réalisation de mouvements supprimerait l’activité synaptique évoquée par un stimulus sensoriel et spontané des cellules excitatrices du cortex auditif. Une partie de cette suppression serait médiée par un mécanisme postsynaptique faisant intervenir une augmentation de l’inhibition locale par des interneurones à parvalbumine.

Les auteurs émettent l’hypothèse d’une stratégie permettant aux signaux liés à la motricité d’atténuer la sensibilité à des sons prévisibles et de faibles intensités afin que les neurones auditifs maintiennent une réponse à des stimuli imprévus de haute intensité. Autrement dit, le cortex auditif serait ainsi disponible pour mieux entendre des bruits soudains et inattendus.

Comprendre les mécanismes de fonctionnement de ce circuit cortical auditivo-moteur, notamment impliqué dans les acouphènes et les hallucinations auditives, permettrait de remédier à ces pathologies.

Source : Schneider DM et al. A synaptic and circuit basis for corollary discharge in the auditory cortex. Nature. 11;513(7517):189-94. doi: 10.1038/nature13724.

FB