Les risques de déficit chez les enfants implantés

Implant cochléaire

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© ryanjpoole - Flickr
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L’implant cochléaire est un dispositif formidable pour restaurer l’audition chez les enfants sourds de naissance. Mais les quelques mois entre la naissance et l’implantation, pendant lesquels le système auditif n’est pas stimulé, peuvent suffire à provoquer des retards cognitifs, ainsi que l’a démontré une équipe de chercheurs de l’université de l’Indiana.

Selon leurs résultats, 33 à 50 % des enfants porteurs d’implants cochléaires seraient exposés à un risque de retard cognitif, notamment concernant les fonctions exécutives comme l’attention, la mémoire, le processus séquentiel, l’apprentissage, etc. Ce risque est deux à cinq fois plus élevé (selon le type de fonction exécutive) que chez des enfants normo-entendants.

Pour parvenir à ces conclusions, William Kronenberger et son équipe ont observé 73 enfants implantés, divisés en deux cohortes (3-5 ans et 7-17 ans), et 78 enfants normo-entendants. Leurs fonctions cognitives étaient évaluées grâce à deux outils : BRIEF et LEAF. Le premier est un inventaire d’évaluation comportementale des fonctions exécutives ; il permet « d’évaluer les différents aspects du dysfonctionnement exécutif et ses répercussions dans la vie quotidienne », ainsi que le précisent ses concepteurs. Le second est une échelle des fonctions exécutives, d’apprentissage et d’attention.

Les résultats de ces travaux présentent toutefois quelques limites, comme le concèdent les auteurs. Un biais possible de cette étude réside dans l’objectivité des réponses lors du remplissage des questionnaires puisqu’il était réalisé par les parents des enfants sourds. De plus, une partie de l’étude est longitudinale : les observations ont été faites sur plusieurs années, pendant lesquels les progrès technologiques dont ont bénéficié les implants ont pu avoir une influence sur les résultats des enfants.

Néanmoins, l’article confirme un adage bien connu des spécialistes de l’audition : l’implantation doit se faire le plus tôt possible. Pas uniquement pour optimiser les résultats en termes auditifs, mais également pour éviter d’exposer ces enfants à des risques de retard cognitif. En outre, ces travaux attirent l’attention sur la nécessité de surveiller les capacités cognitives des enfants après l’implantation, et les auteurs fournissent d’ailleurs quelques pistes. Il s’agit d’abord de sensibiliser les parents, éducateurs et autres membres de l’entourage au fait que ces enfants sont plus exposés à des risques de déficit cognitif. Les auteurs recommandent aussi d’évaluer régulièrement les capacités cognitives à l’aide d’outils utilisables par les parents (simples et peu coûteux). Enfin, ils préconisent que les séances de réadaptation post-implantation ne ciblent pas uniquement l’audition et le langage mais que les enfants suivent aussi un programme visant à améliorer leurs fonctions exécutives.

Source : Kronenberger WG et al. Neurocognitive risk in children with cochlear implants. JAMA Otol Head Neck Surg 2014. doi: 10.1001/jamaoto.2014.757

Bruno Scala