Luis Godinho : « Beaucoup d’espoir et un peu d’appréhension »

VERBATIM


Agnès Buzyn lançait ce mardi 23 janvier la concertation  sur les dépenses de santé liées à l’optique, aux prothèses dentaires et auditives. ©Guillaume Bureau

Le président de l’Unsaf, Luis Godinho, est revenu sur la concertation lancée par la Ministre des Solidarités et de la Santé le 23 janvier 2018, à Paris. Verbatim.

« La profession était dignement représentée puisqu’il y avait bien évidemment, le syndicat national des audioprothésistes, nos amis du Synea et du Synam - nos confrères du Collège n’ont pas pu être présents mais ils avaient également été invités - , donc toute la profession était réunie !
C’était également le cas des représentants des chirurgiens-dentistes et des opticiens. Les familles de complémentaires, étaient présentes en tant que co-financeurs, ainsi que le syndicat des ophtalmologistes, et le docteur Jean-Michel Klein, président du syndicat national des ORL. Les représentants des fabricants d’optique et le Snitem pour son pôle audiologie ont également pris part à cette réunion.

Les pouvoirs publics étaient représentés par la Ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, et la Secrétaire d’état auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Delphine Gény-Stephann, dont la présence était logique, notre secteur étant sous la cotutelle de la Santé et de Bercy, ainsi que différentes directions comme celle de la Sécurité Sociale, qui est en première ligne pour la partie audioprothèse et optique ; mais aussi l’assurance maladie par son directeurNicolas Revel essentiellement pour les négociations concernant les chirurgiens-dentistes, enfin un certain nombre d’autres institutions publiques comme la Haute-Autorité de Santé (HAS), le comité économique des produits de santé (CEPS) ou la Direction des recherches des études et des statistiques (DREES). En somme une réunion de haut niveau pour lancer officiellement les concertations même, si nous y travaillions déjà depuis le mois de décembre.

Dans son discours de bienvenue, Madame la ministre Agnès Buzyn a immédiatement abordé, l’importance de l’audioprothèse pour prévenir la perte de l’autonomie. Je crois que tout le travail que nous avons accompli, depuis plusieurs années, a porté ses fruits ! Depuis 2014, nous expliquons que le reste à charge, n’est pas dû à nos pratiques, ou a des excès tarifaires de notre part, mais à un problème de remboursement de la Sécurité sociale et des complémentaires. Nous avons été les premiers à mettre en lumière le problème des 1000 euros de reste à charge moyen. En 2015, nous avons dû nous défendre, contre des polémiques lancées, notamment par le magazine « UFC - Que Choisir ? ». Aujourd’hui elles ne font plus partie du paysage puisqu’il n’y a plus eu depuis très longtemps, d’attaques sur les prix. En effet, ces polémiques ont déclenché une enquête de l’Autorité de la Concurrence, qui a donc montré, qu’il n’y avait pas de problèmes de prix, car ils étaient dans la moyenne européenne et même moins élevés, pour les produits haut-de-gamme. La profession a également commandé une étude à Jean de Kervasdouéet Laurence Hartmann, économiste de la santé réputés, qui a démontré que l’investissement en audioprothèse était totalement efficient, et que ce n’était pas un hasard si le remboursement public est plus important dans les autres pays. Aussi, le remboursement doit être fait par les pouvoirs publics, parce que les enjeux de prévention de la perte d’autonomie, sont directement dans leur champ.

La Ministre a vraiment pris pour exemple dès son propos liminaire le problème de l’audioprothèse, qui prévient la perte d’autonomie. Il faut dire que j’ai eu la chance pendant plus d’un an, entre 2016 et 2017, de siéger au Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie (HCAAM) avec Mme Agnès Buzyn qui en était alors membre. D’ailleurs à l’époque elle avait pris très rapidement soin de nous recevoir pour mieux comprendre le problème de l’audioprothèse. Des enjeux avec lesquels elle s’est donc familiarisée, bien avant sa prise de poste ministériel.
Aujourd’hui nous n’avons aucun retour direct, nous ne savons pas encore si les propositions que l’on a pu soumettre, détaillées dans le communiqué de presse du 22 janvier, sont acceptées, modifiées, ou si elles seront discutées. Les seuls éléments en notre possession, sont les quelques signes positifs indirects et l’assurance que notre prise de position était la plus lisible. Il faut en effet savoir que, parmi les 3 secteurs concernés par les négociations « RAC 0 », notre profession est celle qui a la représentation la plus homogène. Les pouvoirs publics ont vu que le livre blanc a été fait par toutes les entités de la profession qui comptent : Collège, Synam, Synea, Unsaf.

Voilà mon ressenti :beaucoup d’espoir et un peu d’appréhension. Les enjeux peuvent être historiques. Serons-nous entendus ? Nous l’espérons. Nous avons beaucoup travaillé pour cela. Il y a urgence : on ne peut plus rester dans cette situation ou les 20 à 30 % des Français les plus modestes, éprouvent des difficultés à accéder à l’audioprothèse alors que ce sont eux, qui justement ont le plus de risques de déclin cognitif.

Est-ce que des points habituellement peu soulevés par les professionnels et les patients tels que l’indissociabilité de la prestation seront remis en question ? Bien sûr nous sommes opposés à un découplage des prestations et c’est d’ailleurs notre seul préalable à toute discussion constructive : la sanctuarisation de la prestation de service indissociable du matériel, qui est le cœur de notre métier. Mais lors de la réunion de présentation, un élément a frappé les observateurs : c’est que les plateformes des réseaux de soins n’étaient pas présentes à la réunion ministérielle car elles n’y étaient pas invitées. A l’UNSAF nous voulons y voir un signe…
Nous avons également appris par la presse que les positions radicales de Santéclair semblent être partagées par la quasi-totalité des plateformes, à l’exception notable d’Audistya. À partir du moment où une négociation est en cours, mettre sur la table comme principale mesure, la seule qui est rejetée par la totalité de la profession, ne me semble pas être le moyen le plus efficace de discuter ensemble !

En octobre 2016 nous avons écrit que les réseaux de soins ne sont pas la bonne solution pour l’audioprothèse parce que 75 % des dépenses en audioprothèse sont le fait des séniors et que le maximum de la consommation c’est 81 ans ! Cette population a du mal à comprendre un parcours de soins rendu encore plus compliqué par les plateformes qui, de plus, accroissent les inégalités d’accès au lieu de les réduire.
Qui plus est, l’effet positif de l’audioprothèse pour la société se situe au niveau de la prévention de la perte d’autonomie dont les conséquences ne sont pas du ressort des réseaux de soins, ni même des complémentaires en général, mais de l’assurance maladie obligatoire. Voilà pourquoi, nous avons fait des propositions pour faire des efforts de notre côté, afin que l’assurance maladie obligatoire puisse réinvestir le secteur. 

Nous voulons faire confiance aux pouvoirs publics, même si rien n'est gagné à l’heure où je vous parle. »