Olivier Ferber, lauréat 2016 du Collège national d’audioprothèse

Congrès des audioprothésistes

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Le Collège national d’audioprothèse a récompensé Olivier Ferber, étudiant en audioprothèse à la faculté de pharmacie de Nancy, pour son travail « Audioprothèse et son 3 D : étude et application du son binaural à un dispositif de rééducation auditive ». Le prix lui a été remis le samedi 19 mars lors de la 38e édition du congrès des audioprothésistes.

Le jury, composé d’Éric Bizaguet, d’Arnaud Coez, de Xavier Renard, de Stéphane Gallego, et de Stéphane Laurent, a désigné Olivier Ferber parmi quatre autres candidats au titre de lauréat du Collège national d’audioprothèse. Ce prix lui a permis de remporter un chèque de 1 000 euros.

L’étudiant de Nancy a mis au point un outil d’audio training en sons 3D, afin d’entraîner le système auditif d’un sujet malentendant à percevoir des sons dans l’espace directement au travers de ses aides auditives. L’objectif est de développer l’accoutumance du malentendant aux sons non-signifiants et la discrimination spatiale, dans le but d'améliorer sa compréhension de la parole dans le bruit. « Je souhaitais profiter du mémoire de fin d’étude afin de chercher à développer un système permettant d’aider les personnes malentendantes appareillées dans leur quotidien, explique Olivier Ferber. Les difficultés rencontrées par ces personnes concernent principalement les situations de compréhension de la parole dans un environnement sonore bruyant. Je me suis donc intéressé aux pratiques d’entraînement auditif visant à améliorer cette faculté. Parallèlement à ces recherches, ma passion pour le son m’a fait découvrir le son binaural (qui fait partie de la grande famille du « son 3D »)».

Pour réaliser cet outil, Olivier Ferber a conçu des fichiers sonores « 3D » (avec des mots, des phrases,des logatomes et différents signaux de bruits) en reproduisant une audition binaurale et un HRTF (Head-Related Transfer Function, fonction de transfert relative à la tête) humain en utilisant deux appareils auditifs, placés sur les oreilles artificielles d’un mannequin acoustique (KEMAR). Les appareils captent des sons (parole, bruit, etc.) en provenance d’une ou plusieurs sources émettant dans différentes directions dans le plan horizontal autour du mannequin acoustique. Les fichiers sonores stéréophoniques sont donc obtenus via l’enregistrement binaural ainsi réalisé.« L’écoute de ces fichiers via un casque ou des écouteurs crée une illusion auditive chez l’auditeur, qui se traduit par une immersion sonore permettant notamment la perception de scènes auditives à 360° dans l’axe horizontal autour de la tête », explique Olivier Ferber.

Le malentendant peut alors écouter ces fichiers grâce à une diffusion via ses appareils auditifs par le biais de streamer stéréo, ce qui permet une rééducation à domicile quotidienne. Cet entraînement auditif stimule le cortex auditif en lui faisant décoder les éléments de base des filtres HRTF, par le biais de l’illusion sonore des sons 3D.« De cette manière, le patient n’a pas à installer un système de diffusion sonore complexe pour spatialiser les sons, il peut faire des exercices d’écoute à son domicile et son cerveau auditif est stimulé de manière à développer ses mécanismes liés à la compréhension dans le bruit », ajoute l'étudiant.

Une étude clinique sur 23 malentendants appareillés a permis de mettre en évidence une amélioration de l’intelligibilité dans le bruit après un mois d’entraînement auditif en son binaural (augmentation de 12,6 % de la compréhension phonémique au rapport signal sur bruit de 0 dB). Une seconde étude réalisée sur un groupe de 15 personnes normo-entendantes versus 15 malentendants appareillés a permis d’objectiver l’impact psycho-acoustique d’une écoute en son binaural. Les résultats ont montré une amélioration de l’intelligibilité de 20 % lors du second temps de l’épreuve stéréo audiométrique de discrimination spatiale réalisée en son binaural avec un rapport signal sur bruit de 0 dB.

« Ces résultats confirment les fonctions d’analyses sonores spatiales et de démasquages par le système auditif central du malentendant appareillé lors d’une écoute en son binaural, explique Olivier Ferber. La technologie du son binaural peut donc être appliquée aux personnes malentendantes appareillées afin de générer des espaces sonores virtuellement spatialisés, dans lesquels les mécanismes d’analyse binaurale sont activés. Ces mécanismes étant liés à la compréhension de la parole dans le bruit, l’entraînement auditif en son binaural semble être un outil prometteur dans les processus de réhabilitation de l’audition. »

Une récompense qui ravit l'étudiant en audioprothèse : « C’est un important jalon dans mon développement personnel et professionnel car il concrétise brillamment deux années de recherches et de développement au service de l’innovation audiologique. Que ce travail soit reconnu et apprécié par les membres du jury est un honneur, et cela participe fondamentalement à sa visibilité et à son développement. »

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