À la veille d’une énième « concertation », la profession réclame au Gouvernement un « projet réaliste »

Réformes du RAC zéro

Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé ont lancé la concertation sur le RAC zéro le 23 janvier dernier. - ©Guillaume Bureau

À la veille d’un rendez-vous déterminant, les audioprothésistes appellent le ministère de la Santé à proposer un projet « réaliste ». Si elles haussent le ton aujourd’hui, les instances représentatives de la profession escomptent toujours fermement « sortir par le haut » des actuelles concertations qui se tiennent en ce moment avec la Direction de la Sécurité sociale (DSS) sur « les » réformes du RAC zéro.

« Nous avons tellement de convictions et de faisceaux convergents de données objectives sur l’importance de l’appareillage, que nous sommes convaincus que le Gouvernement ne peut pas ne pas les prendre en considération dans le cadre de la mise en place du reste à charge zéro », réaffirme Luis Godinho, président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf). 

Dans un communiqué en date du 2 mai, les instances représentatives (voir ci-dessous) rappellent : « Afin de mettre en œuvre la promesse du Président de la République d’un « reste à charge zéro » pour les dépenses liées à l’optique, aux prothèses dentaires et à l’audioprothèse, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, ont lancé une concertation le 23 janvier dernier. » Et de regretter : « Force est de constater que, trois mois plus tard, aucun accord n’a été trouvé et aucune des nombreuses propositions chiffrées et réalistes, faites par la profession, n’a été acceptée par les services du ministère de la Santé. » 

Troubles auditifs : un enjeu sanitaire et économique prouvé à maintes reprises

Face à l’enjeu économique et sanitaire que représente la qualité de la prise en charge des troubles de l’audition, Luis Godinho souligne qu’une récente étude – une de plus – publiée le 24 avril 2018 dans le JAMA Otolaryngology - voir notre actu - « indique que les chercheurs ont constaté que les personnes âgées qui utilisaient des appareils auditifs étaient moins susceptibles d’être allées à l’hôpital ou aux urgences au cours de l’année écoulée. Une différence d’environ deux points de pourcentage - assez grande pour être significative, explique le président de l’Unsaf. De plus, ceux qui avaient été hospitalisés et avaient des appareils auditifs avaient des séjours plus courts que ceux qui n’avaient pas d'appareils – en moyenne une demi-journée de moins à l’hôpital. Dans la foulée des travaux médico-économiques de Laurence Hartmann mettant en lumière que pour « 1 euro investi dans les soins audioprothétiques, l’économie s’élevait à 10 euros à long terme », (étude complète ici) ou encore de ceux, épidémiologiques cette fois du Pr Hélène Amieva (Inserm Bordeaux) sur les liens entre surdité et déclin cognitif, d’aucuns ne peuvent encore dire « nous ne savions pas » … Et le communiqué d’insister : « Plusieurs travaux scientifiques publiés récemment confirment que le déficit auditif est le principal facteur modifiable de prévention de la démence. Les enjeux de prévention de la dépendance imposent donc un véritable engagement de la Sécurité sociale. » 

La France sera-t-telle lanterne rouge de la prise en charge publique des troubles auditifs ?

Mais le communiqué de presse commun des instances professionnelles du secteur va plus loin. Il revient sur un constat éloquent et une volonté politique en retrait – en l’état : « Les actuels remboursements adultes n’ont pas été réévalués depuis 1986 et sont totalement déconnectés de la réalité économique (120 € par oreille en France, contre 800 € en Allemagne, 660 € en Belgique, 600 € en Italie). Pourtant, la profession a constaté que, pour l’heure, le ministère de la Santé ne prévoit aucun moyen financier nouveau pour les remboursements de la Sécurité sociale ! » Comble de l’ironie, dans le même temps aux États-Unis - pays pourtant connu pour sa faible prise en charge publique - des voix s’élèvent déjà contre une loi symbolique de la mise en retrait de l’appareil étatique dans la prise en charge de la surdité : la récente loi dite "OTC Bill".  Elle permet à des malentendants atteints de pertes auditives moyennes à modérées de se procurer sans ordonnance médicale des appareils auditifs sélectionnés, « over-the-counter », c’est-à-dire en vente libre. (Lire notre article dans Audio infos n° 221).

L’État aurait-il oublié sa promesse d’un « effort partagé » ?

C’est aussi sur une incompréhension que les instances représentatives de l’audioprothèse reviennent dans ce communiqué du 2 mai : « Les efforts financiers nécessaires à l’atteinte de l’objectif du « reste à charge zéro » étaient censés être partagés par tous les acteurs, Sécurité sociale, professionnels et complémentaires santé. En fait, dans le projet présenté la quasi-totalité des efforts est à la charge des seuls professionnels. » En ce sens, il rappelle qu’en l’absence d’étude d’impact réalisée par le ministère, la profession en a commandé une auprès du cabinet indépendant Xerfi dont les résultats inquiètent grandement et interrogent : « C’est la viabilité économique du secteur qui est en jeu avec le projet actuel avec, pour conséquences prévisibles, un écroulement de l’offre de soins en audioprothèse. Rappelons qu’aujourd’hui il n’y a pas de « déserts » en audioprothèse et que les usagers français affichent le meilleur taux de satisfaction d’Europe. »

Une réforme qui en l’état, pourrait-être simplement contre-productive

Pour les représentants professionnels, le constat est sans appel et la réforme en cours nécessite une réorientation rapide et significative : « Sans moyens supplémentaires, non seulement le « reste à charge zéro » n’atteint pas son objectif, mais pire, il risque de conduire à une dégradation de la prise en charge, rapidement constatée par les actuels usagers, dont environ 1,8 million sont des retraités. La profession attend de la prochaine réunion de concertation, prévue le jeudi 3 mai, des avancées concrètes et une prise en compte par le Ministère de ses nombreuses propositions, afin de construire véritablement un projet réaliste au bénéfice des usagers. » 

Quelles sont les différentes instances représentatives de la profession ?
(par ordre alphabétique)

Collège national d’audioprothèse (CNA)


Date de création du Collège :
20 décembre 1977

Liste des présidents :
- Joany Vayssette : 1977 - 1982
- Jacques Dehaussy : 1982 - 1994
- Xavier Renard : 1994 - 2006
- Éric Bizaguet : 2006 - 2015
- Stéphane Laurent : 2015 à aujourd’hui

Nombre de membres : 39 membres actifs 

Présentation du Collège :
Association régie par la loi du 1er juillet 1901, le Collège national d’audioprothèse a été créé en 1977. S’il n’est pas un syndicat au sens propre, il a pour vocation d’assurer la représentation et la défense des intérêts déontologiques et moraux de la profession d’audioprothésiste et de veiller à la qualité technique, scientifique, pédagogique de l’enseignement et à la qualité technique et déontologique de l’exercice du métier. Il a pour missions d’étudier les programmes d’enseignement et ses modalités d’exercice, mais aussi de publier des textes, des articles, des documents, des études et communications concernant l’enseignement et l’exercice de la profession d’audioprothésiste et de participer à toute action au service des malentendants.
Il est dans ses prérogatives de regrouper les audioprothésistes ayant participé, participants ou aptes à participer à l’Enseignement préparatoire au diplôme d’État d’audioprothésiste, permettant ainsi aux directeurs des enseignements préparatoires au diplôme d’État de disposer d’un corps professionnel compétent. Le Collège a pour autre mission de promouvoir et de récompenser la recherche en audioprothèse et de faciliter aux professionnels l’acquisition et le développement de la culture scientifique fondamentale et appliquée dans le domaine. Enfin, le Collège organise la formation professionnelle post-universitaire et y participe notamment au moment de l’EPU qui se déroule chaque année en décembre.

 
Un président secondé d’un délégué général chargé de mission auprès des Pouvoirs publics, bios express :



Stéphane Laurent est président du Collège national d’audioprothèse depuis juin 2015. Audioprothésiste diplômé d’État depuis 1996, Stéphane Laurent est originaire de Nantes, il est diplômé du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Son cursus en acoustique l’a conduit à l’audioprothèse. À 45 ans, c’est un métier qu’il exerce encore aujourd’hui. Aussi, après sa rencontre avec Frank Lefèvre en 1997, Stéphane Laurent devient enseignant à l’École d’audioprothèse de Fougères. Un parcours complet qui lui permet d’être élu membre du Collège en 2004, puis président en 2015. En parallèle, depuis huit ans, Stéphane Laurent effectue le réglage des implants cochléaires au CHU de Rennes, sous la responsabilité du Pr Benoît Godey.



Éric Bizaguet est président d’honneur et délégué général chargé de mission auprès des Pouvoirs publics. Il est audioprothésiste, diplômé depuis 1976. Il fut le collaborateur de Paul Veit, un des pères du diplôme d’État d’audioprothésiste en 1967. Éric Bizaguet cumule de nombreuses expertises (diplôme de bioacoustique en 1978, diplôme de déficience auditive de l’enfant en 1979, maître ès sciences physique en 1979, DEA d’acoustique en 1980 et interne de médecine générale en 1989) et est, depuis de longues années, partie prenante dans l’enseignement universitaire et post-universitaire. Il dirige le laboratoire de correction auditive de Paris, un laboratoire créé dans les années 50 par Paul Veit et Geneviève Bizaguet, des pionniers en matière d’appareillage pédiatrique précoce. En 2005, il crée avec François Le Her, le réseau Dyapason. Président du CNA entre 2006 et 2015, il continue aujourd’hui de prendre en charge des patients de tout âge et travaille au réglage des implants cochléaires depuis 1989.

Syndicat national des centres Audition Mutualistes (Synam)

Date de création du Synam : 2008

Liste des présidents successifs :
- Marc Greco : 2008 à aujourd’hui.

Nombre d’adhérents : 404 centres Audition Mutualistes dont 260 Audioprothésistes 

Présentation du Synam :
Crée en 2008 par Visaudio, le Syndicat souhaite défendre les intérêts des centres Audition Mutualiste et de la profession d’audioprothésiste. Le Synam se donne pour mission d’être l’interlocuteur des Pouvoirs publics et notamment du régime obligatoire (AMO). Il œuvre pour faciliter l’accès à l’appareillage pour tous les Français et accompagne les audioprothésistes salariés des centres Audition Mutualiste dans l’amélioration permanente de la prise en charge des patients. Le Synam est un partenaire reconnu par l’Assurance maladie et le ministère de la Santé et agit pour une nouvelle classification et une meilleure prise en charge des aides auditives. Le Synam est un partenaire naturel des mutuelles puisqu’il représente les centres d’audition créés et gérés par ces dernières. Il accompagne donc les gestionnaires de centres Audition Mutualiste dans les différents conventionnements.

Bio express du président :



Audioprothésiste diplômé d’état Marc Greco exerce depuis 1988. Il est diplômé en exploration audio vestibulaire et diplômé de déficience auditive de l’enfant. Dans sa carrière, Marc Greco coordonne rapidement une équipe d’audioprothésistes et prend la responsabilité de plusieurs centres. Il intègre en 1999 un groupe de travail chargé d’élaborer un référentiel qualité au sein du réseau Audition Mutualiste. Il devient membre du directoire de Visaudio en 2008, en charge de l’Audition et Président du Syndicat national des centres d’audition Mutualistes (Synam). Marc Greco cesse son activité d’appareillage en février 2017 afin de prendre la responsabilité du poste de directeur technique pour Visaudio.


Syndicat national des entreprises de l’audition (Synea)


Date de création du Synea :
1994
 
Liste des présidents successifs :
- Michel Touati : 1994 - 2013
- Bruno Delaunay : 2013 - 2014
- Guillaume Flahault : janvier 2014 à aujourd’hui
 
Nombre d’adhérents : 12 groupements ou enseignes. 

Présentation du Synea :
Créé en 1994, le Synea représente aujourd’hui les enseignes de plus de 2 700 centres d’audioprothèses sur toute la France, soit près de 60 % des centres français employant plus de 3 000 professionnels, dont plus de 1600 audioprothésistes. Le Synea regroupe actuellement douze des plus grands acteurs du secteur de la distribution d’audioprothèses : Audika, Audilab, Audionova, Amplifon, Audio 2000, Audition Conseil, Audition Santé, Conversons, Entendre, Grand Audition, Krys Audition et Vivason. Dans ses objectifs et ses priorités, le Synea s’est donné pour responsabilité d’améliorer l’image de la profession auprès du grand public et des Pouvoirs publics et de répondre « aux attaques déloyales » auxquelles elle fait face régulièrement. Le Synea s’est également fixé comme devoir de faire de la pédagogie auprès des Pouvoirs publics (Livre Blanc, étude médico-économique, etc.). Autres missions dont s’est investi le Synea : renforcer la légitimité des entreprises de distribution d’aides auditives et peser face aux complémentaires de santé par le dialogue. Enfin, le Synea souhaite faire vivre l’unité de la profession entre toutes les instances représentatives. Pour ce faire, le Synea travaille en partenariat étroit avec l’Unsaf, le Synam et le Collège national d’audioprothèse.

 Bio express du président :



Guillaume Flahault est président du Syndicat national des entreprises de l’audition (Synea) depuis janvier 2014.
Détenteur d’un diplôme d’une grande école de commerce (ESCP Paris - 1989), Guillaume Flahault entame sa carrière au sein de grands groupes. Il a été directeur de l’export pour la marque Roger & Gallet, puis directeur général de la filiale allemande et directeur marketing de la société Guerlain (groupe LVMH). Il intègre ensuite Dassault Systèmes pour occuper le poste de vice-président du marketing et de la communication jusqu’en 2003. Guillaume Flahault devient alors entrepreneur dans le secteur de la parfumerie. En 2007, après avoir croisé la route de Bertrand Duprez auquel il s’associe, les deux partenaires créent et développent la société Audio Sons, qui regroupe les 50 centres d’audition Conversons et un site de e-commerce. « C’est finalement par un heureux hasard que je suis arrivé dans l’audioprothèse, explique-t-il, car une grande partie de mon entourage familial évoluait dans le domaine de la médecine. Aujourd’hui, je souhaite souligner que le Synea est un syndicat engagé et qu’au cœur de ses préoccupations, il y a la liberté : la liberté de choix du patient, la liberté d’exercer la profession d’audioprothésiste et la liberté d’entreprendre aussi », souligne Guillaume Flahault.

Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf)



Date de création de l’Unsaf :
Fédération de trois syndicats en 1985 puis fusion complète depuis le 1er avril 2011
 
Liste des présidents successifs :
- René Bussière : 1985-2000
- Bernard Azema : 2000-2004
- Benoît Roy : 2004 – 2012
- Luis Godinho : 2012 à aujourd’hui
 
Nombre d’adhérents : environ 25 % des diplômés (environ 800 audioprothésistes DE) 

Présentation de l’Unsaf :
Le Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf) est né le 1er avril 2011 de la fusion de trois syndicats historiques dont les différentes sensibilités s’exprimaient au sein de l’Union nationale des Syndicats d’audioprothésistes français, créée en 1985. Le Syndicat des audioprothésistes français (Saf), la Fédération nationale des audioprothésistes français (Fnaf) et le Syndicat national unifié des audioprothésistes (SNUA) ont ainsi fusionné pour laisser place à un syndicat unique, gage d’une meilleure lisibilité et représentativité auprès des Pouvoirs publics. Syndicat de tous les diplômés quels que soient leurs modes d’exercice, l’Unsaf se positionne comme l’organisme professionnel représentatif des audioprothésistes auprès notamment des instances nationales en charge de la santé. L’Unsaf est également présent au niveau européen au sein de l’Association européenne des audioprothésistes (AEA). Temps fort de la vie professionnelle, le syndicat organise chaque année le Congrès national des audioprothésistes français. Manifestation commerciale, politique et scientifique, le congrès tend à prendre au fil des ans une dimension internationale. En partenariat avec le Collège national d’audioprothèse, le congrès organisé par l’Unsaf s’inscrit également comme une étape importante dans la formation continue des professionnels de l’audition.

 

Bio express du président :



Installé à Paris (14e arrondissement) depuis 1994, Luis Godinho est audioprothésiste diplômé de la Faculté de Pharmacie de Montpellier (1990). À 50 ans, le président de l’Unsaf a été successivement secrétaire général du SAF (Syndicat des audioprothésistes français) de 1996 à 2000, puis président du SAF de 2000 à 2008 et a assuré la vice-présidence de I’Unsaf depuis 2000. Élu président de l’Unsaf en 2012, Luis Godinho est également vice-président du Centre national des Professions libérales de Santé (CNPS), membre du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM), de l’Union nationale des professionnels de Santé (UNPS), du Haut Conseil des professions paramédicales (HCPP) et du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA). Il milite activement pour la défense de l’exercice de la profession d’audioprothésiste comme professionnel de santé à part entière. Il défend la santé publique et la prévention des troubles cognitifs par l’augmentation du taux d’appareillage en France. Une des pistes pour lui étant la redéfinition du panier de soins pris en charge par l’AMO. Luis Godinho rappelle qu’une enveloppe de 100 millions d’euros en année pleine permettrait de diviser par deux le reste à charge moyen des adultes, actuellement d’environ 1 000 euros par oreille, causé par un tarif de remboursement n’ayant pas progressé depuis 1986 : « Seule cette solution permettrait d’apporter une amélioration sensible et efficace de l’accès à l’audioprothèse pour tous, en évitant la tarification en fonction de l’âge opérée par les complémentaires santé (75 % de la dépense en audioprothèse est constatée chez les plus de 65 ans). »


Guillaume Bureau