Par excès de réformes, le Synea pointe les effets pervers que pourrait avoir in fine le RAC zéro

RAC zéro

Guillaume Flahault est président du Synea depuis le mois de janvier 2014 - ©GB

Le mieux est bien connu pour être l’ennemi du bien… Alors que la réforme pour la mise en place le RAC zéro bat son plein, l’"avis de projet" concernant la nouvelle nomenclature en audioprothèse devrait être annoncé ce jeudi, suivi par l’ouverture d’une concertation officielle, puis par la publication d’un arrêté sur le reste à charge zéro fin mai. Et cette nomenclature devrait poser le cadre – à débattre - d’une « audioprothèse 2.0 », encore qu’il faille considérer si c’est bel et bien une avancée, tant pour les patients que pour les professionnels.

En ce sens, Guillaume Flahault, le président du Synea, le Syndicat national des entreprises de l’audition, a un avis bien tranché sur la question : « Ce n’est en rien une petite réforme, c’est tout simplement la plus importante que le secteur ait jamais connu. Le Gouvernement va bien au-delà de sa volonté initiale de mettre en place le RAC zéro, explique le président du Synea. Et s’il affiche clairement sa volonté que le panier de soins en audioprothèse soit le plus complet possible, il nous met dans le même temps face au risque que l’excès de réforme finisse tout simplement par tuer la réforme ! »

Le RAC zéro est tout à la fois « souhaitable » et « tenable »
Pour le président du Synea, les audioprothésistes n’ont cessé, depuis la campagne présidentielle de soutenir la promesse du RAC zéro. « Une réforme que nous considérons souhaitable et tenable. En ce sens nous militons pour améliorer l’accessibilité par une offre RAC zéro avec un panier de soin de qualité et évolutif ; il est en effet souhaitable d’atteindre un taux de recours de 45 % de malentendants appareillés - il est de 38 % en 2018, détaille-t-il. La mise en place de cette réforme est déjà un défi très conséquent pour la profession, cependant, le Gouvernement va bien au-delà de la simple mise en place du RAC zéro et c’est là que tout devient problématique. Le Gouvernement est en train de nous imposer la réforme la plus importante qu’ait connue le secteur de l’audioprothèse. Cependant, cette réforme pourrait avoir un énorme impact tant sur les malentendants que sur les professionnels. Force est de constater que l’administration va bien au-delà du projet initial ! Qui plus est, depuis le début des concertations, nous n’avons pas eu l’impression d’être réellement entendus par les Pouvoirs publics. »
 
« RAC zéro…, mais aussi découplage, réglementation des prix… n’en jetez plus ! »
Le secteur de l’audioprothèse est actuellement confronté à une accumulation de réformes qui risquent de briser ce qui fonctionne à ce jour, pointe Guillaume Flahault. « En dépit d’un reste à charge élevé, le modèle français actuel se révèle être performant avecun taux d’équipement de 38 %, en hausse de plus de 1 point par an depuis 15 ans ; le meilleur taux de satisfaction (84 %)pour des prix dans la moyenne basse européenne ; une vraie efficacité pour la santé (prévention du déclin cognitif) parce que les appareils sont portés (meilleur taux d’observance en Europe). » Cependant, le président du Syndicat regrette la multiplication de réformes qui viennent se greffer sur le projet initial. « Si le RAC zéro est souhaitable et faisable, son cumul avec la dissociation et la rigidification du système à tous les niveaux promet l’échec de la réforme », prévient le président du Synea.

Car au-delà de la réforme permettant de proposer à un maximum de malentendants des aides auditives avec un reste à charge nul, le Gouvernement semble montrer un fort tropisme pour l’encadrement de la profession. « Faute de vouloir mettre les moyens nécessaires pour tenir la promesse, l’administration projette d’accumuler des mesures disproportionnées, préjudiciables pour les professionnels, et emportant pour les patients des conséquences délétères en termes d’accessibilité et de qualité des soins, s’insurge Guillaume Flahault. En effet, en plus du RAC zéro, pour lequel la profession est déjà prête à fournir des efforts très importants sont en effet envisagés un système de découplage entre l’achat et les prestations de suivi après la première année - système qui n’existe dans aucun autre pays - et qui aurait un impact direct sur la qualité du suivi et ferait ainsi baisser l’observance ; mais également un modèle inutilement étatisé et rigide (prix encadrés, interdiction de renouvellement avant 5 ans) et qui empêchera les patients d’accéder aux innovations technologiques. »
 
Un RAC zéro synonyme in fine d’un appauvrissement de l’offre de soins ?
Faut-il craindre des effets pervers à la mise en place de la mesure phare d’Emmanuel Macron pour faciliter l’accès aux soins ? Pour le président du Syndicat, il est tout à fait clair que l’accumulation de contraintes conduira immanquablement à un double appauvrissement de l’offre de soins.
Et de détailler que la mise en place d’un découplage conduira d’une part à la dégradation de la prise en charge des patients, notamment âgés, avec des conséquences médicales directes (déclin cognitif, dépendance, démence ; les fameux 3D) puisqu’impactant la satisfaction du patient et la qualité du suivi, toutes deux essentielles à l’observance dans le cas de pathologies chroniques.
Quand ces mesures favoriseront l’apparition de déserts médicaux d’autre part, dans un métier qui en était préservé jusqu’à présent, avec la disparition de très nombreux centres d’audition, explique Guillaume Flahault. Pour le président du Synea, « de tels déserts médicaux en audioprothèse réduiraient mécaniquement l’accès à l’appareillage, au détriment du taux d’équipement et contre l’intention même de la réforme. »
 
« Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ! »
Opposé aux annexes à la réforme du RAC zéro, Guillaume Flahault s’indigne : « Justifier cette accumulation de mesures par des raisons financières est aberrant puisqu’un euro investi dans l’appareillage auditif représente 10 euros économisés sur les soins liés à la dépendance (cf. travaux de L. Hartmann). Ce que l’administration considère comme les modalités nécessaires de la réforme risque de précipiter son échec sanitaire et économique », prévient-il appelant de ses vœux que la profession bénéficie d’une réforme circonscrite au RAC zéro. Et le président du Synea de conclure que le projet de RAC zéro aura eu un grand mérite, celui de sceller l’unité professionnelle.

Aussi, et au regard de cette époque déterminante pour la profession serait-il nécessaire que l’ensemble des audioprothésistes se mobilisent et mènent plus que jamais auparavant un travail de pédagogie auprès de leurs patients, afin de faire connaître encore davantage leur savoir-faire.

Pour aller plus loin : Satisfaits de leur suivi prothétique, les patients sont aussi favorables au forfait de prise en charge.

Guillaume Bureau