Thierry Beaudet : « Pour faire mieux, nous devrons mieux rembourser les frais d’audioprothèse et du dentaire »

RAC zéro

Thierry Beaudet a été élu à la présidence de la Mutualité Française le 23 juin 2016 pour un mandat de cinq ans. ©Mutualité française.

Le 4 avril se tenait en présence de Mr Thierry Beaudet, président de la Mutualité française, une conférence débat sur la thématique du RAC zéro organisée à l’initiative de Café Nile et animée par le docteur Olivier Mariotte.

Une occasion pour le président de la Mutualité de rappeler que son institution ne pouvait qu’être en phase avec la réforme de RAC zéro appelée de ses vœux par le Président Emmanuel Macron et qui permettra aux Français de se soigner sans reste à charge, à travers leurs cotisations AMO et AMC. Parmi les intervenants de ce débat, étaient présents, entre autres, le professeur Lionel Collet, conseiller d’État et ancien conseiller spécial de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, des membres du Rassemblement des Opticiens de France (Rof), mais également Luis Godinho, président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf).
 
« Une réforme qui doit concilier “égalité” et “liberté” »
« Notre système de santé concilie des valeurs d’égalité et de liberté, soulignait le président de la Mutualité française en préambule des débats. Nous pensons que les Français et les acteurs du système de santé sont très attachés à ces valeurs. Aussi, sur les trois secteurs concernés par le projet de réforme de RAC zéro, l’optique, le dentaire et l’audioprothèse, il nous faut essayer de déterminer un panier de soins nécessaire, de qualité, et que les professionnels de santé auraient l’obligation de proposer, que les mutuelles auraient l’obligation de rembourser et sur lequel nous réaliserions ainsi le fameux objectif de reste à charge zéro, expliquait Thierry Beaudet. C’est l’aspect “égalité” que j’évoquais et que nous appelons de nos vœux au nom de l’accès de tous les Français au système de soin et de santé. Aussi, détaillait le président de la Mutualité, il faut préserver la liberté à laquelle tous les acteurs sont attachés. Liberté des Français : liberté des patients d’accéder au professionnel de santé de leur choix, liberté de demander un équipement qui va au-delà du panier reste à charge zéro. Liberté des professionnels de santé aussi : liberté de pouvoir proposer des équipements supplémentaires, des prises en charge différentes. J’ai d’ailleurs personnellement la conviction que ce sont dans ces espaces de liberté que résident les capacités d’innovation. " Liberté", enfin, des mutuelles de pouvoir rembourser au-delà du panier de soins reste à charge zéro, afin de répondre aux demandes des adhérents. Nous voulons concilier cette double dimension d’égalité et de liberté. » Une intervention qui aura permis d’introduire puis d’aborder les problématiques économiques propres aux secteurs concernés par la réforme de reste à charge zéro, l’optique, l’audioprothèse et le dentaire.
 
« Pour faire mieux, nous devrons mieux rembourser les frais d’audioprothèse et du dentaire »
Interrogé par nos confrères d’Acuité, Thierry Beaudet précisait que « les efforts pour arriver à une offre de reste à charge zéro doivent être faits par toutes les parties. Il faut jouer sur tous les leviers : les complémentaires, les mutuelles pourront garder un oeil sur leurs remboursements si dans le même temps, les professionnels agissent sur les prix pratiqués pour maîtriser le reste à charge. Dans cette réforme, les trois secteurs ne pèsent pas le même poids (optique : 6 milliards d’euros ; dentaire, plus de 5 milliards d’euros, audioprothèse : 1 milliard d’euros). Incontestablement, j’ai le sentiment que nous pouvons faire mieux en optique a minimasans augmenter nos remboursements. Cependant, je crois que si l’on se place du point de vue des Français, pour faire mieux en audioprothèse et en dentaire, il faudra que l’on augmente nos remboursements », annonçait Thierry Beaudet.
 
Les ORL favorables à la dissociation ?
Prenant la parole lors des échanges, le professeur Lionel Collet s’est adressé au président de la Mutualité afin de lui demander comment il était possible de rendre le panier de soin RAC zéro majoritaire dans l’offre de soins. Le professeur Collet s’est également exprimé plus précisément sur le cadre d’exercice propre à l’audioprothèse, évoquant dans la foulée la question de la dissociation à laquelle le secteur est fortement opposé. Il demandait à Thierry Beaudet : « Quelle est la position du président de la Mutualité française sur le rapport de l’Autorité de la concurrence proposant en audioprothèse un autre modèle de remboursement établi autour de l’idée d’un découplage ? C’est-à-dire que l’appareil soit vendu avec les premiers réglages, puis qu’ensuite, chaque année, une prestation de suivi soit remboursée. C’est une proposition dont les audioprothésistes ne veulent pas, mais qui a le soutien de bon nombre d’acteurs du secteur, que ce soit les malentendants ou les prescripteurs. » Une question qui soulève d’ailleurs celle de l’adhésion des prescripteurs à la dissociation. À la première question, Thierry Beaudet s’est dit favorable à une « obligation de proposer un panier de soin qui réponde à l’objectif de reste à charge zéro, tout en maintenant le principe de liberté. Ce serait une situation radicalement différente à celle que l’on rencontre aujourd’hui, détaillait-il. Si le RAC zéro "existe" déjà en optique, par exemple, les patients ne disposent que de trop peu d’informations pour en bénéficier. » Une asymétrie d’information qui se révèle être source d’inégalités. Sur la dissociation, le président de la Mutualité française rappelait qu’il ne s’était jamais exprimé véritablement sur le sujet : « Je ne sais pas répondre à cette question-là, concédait-il. J’entends ce que disent Luis Godinho et les professionnels de l’audioprothèse, j’entends aussi les partisans d’un changement de modèle économique. Cependant je n’arrive pas à me forger de point de vue sur cette question. Aussi, je pense que c’est aux professionnels de santé d’y répondre. »
Pour Luis Godinho la réforme du reste à charge zéro représente déjà en soit un « Big bang » pour la profession. « Faut-il en ajouter un deuxième en changeant de modèle économique ?, relevait-il en s’adressant au professeur Lionel Collet. Nous proposons que la HAS ou l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas) étudie d’abord cette question. Mais nous maintenons que la dissociation aurait un très fort impact négatif sur l’observance, alors même que nous obtenons la meilleure d’Europe à ce jour. » La question de la dissociation, largement évoquée lors du Congrès des audioprothésistes fin mars, doit-être débattue dans le cadre des négociations qui se tiennent actuellement entre les Pouvoirs publics et le secteur de l’audioprothèse.
 
Pour aller plus loin :
- En vidéo - Table ronde politique : le RAC zéro débattu par les différents protagonistes
- Vidéo : la directrice de la Sécurité sociale intervient au Congrès des audioprothésistes

Guillaume Bureau (Source : Café Nile, Acuité.fr)