École de Rouen : la directrice de La Musse souhaite collaborer avec le CNA

FORMATION

L'hôpital La Musse, près d'Évreux accueillera la 8e école d'audioprothèse française © La Renaissance Sanitaire

Comme nous vous en informions il y a quelques jours, une 8e école de formation d'audioprothésistes devrait ouvrir ses portes, à la rentrée 2018. C'est à l'hôpital La Musse, près d'Évreux que cette école sera hébergée, avec le soutien de l'université et le service ORL du CHU de Rouen.

La création de cette nouvelle école a été découverte lors de la publication du numerus clausus pour la rentrée 2017, qui prévoyait 30 places pour cette nouvelle école (finalement, l'écocle n'ouvrira ses portes qu'en 2018). Le Collège national d'audioprothèse n'avait visiblement pas été tenu au courant de cette future ouverture, ce que regrette Catherine Palladticheff, directrice de La Musse et qui porte le projet. « Je comprends la surprise, voire la vexation, des membres du Collège », explique-t-elle, tout en se dédouanant : « L’ARS a déposé, il y a deux ans, auprès du ministère de la Santé, le dossier que nous avons monté, et ce, en très large concertation, avec la région, l’université de Rouen et la faculté de médecine, afin d’obtenir l’élargissement du numerus clausus à cette école. Au cours de ces deux années, je pensais que le ministère aurait concerté les instances de la profession. Je suis très surprise que le Collège n’ait pas été tenu au courant. » La directrice indique même l’avoir appris en lisant notre article. Pour elle, une bonne partie de la profession était du reste au courant, puisqu’elle a discuté de ce projet avec certaines enseignes majeures.

Vers un recours du CNA ?

Autre écueil pour le CNA : le projet pédagogique de l’école de Rouen. C’est sur ce point précis que le Collège, par la voix de son secrétaire général François Le Her, annonce vouloir faire un recours. « Nous allons saisir le médiateur de l’enseignement supérieur ou bien peut-être le tribunal administratif ou encore le Conseil d’État. » Le Collège estime en effet que le projet ne tient pas la route, puisqu’aucun audioprothésiste n’a été sollicité pour intégrer l’encadrement pédagogique. « Le motif du recours ne tient pas, selon Catherine Palladitcheff, puisque le dossier pédagogique n’a pas encore été monté. » Et d’expliquer : « La création d’une école se fait en trois temps : d’abord, l’université de Rouen doit être autorisée, par le ministère de l’Enseignement supérieur, à proposer la formation. Puis l’ARS demande l’ouverture du numerus clausus [l’attribution de places, NDLR] auprès du ministère de la Santé. Enfin, dans un dernier temps, il faut établir le projet pédagogique, avec notamment la liste des enseignants. C’est maintenant que nous allons nous atteler à cette tâche et nous avons pour cela une année devant nous puisque l’école n’ouvrira qu’en septembre 2018. J’ouvre d’ailleurs ma porte au CNA afin que nous puissions désormais travailler ensemble sur ce projet. Ma posture est celle de l’ouverture. » Par ailleurs, la directrice de La Musse indique se reposer sur le service ORL du professeur Jean-Paul Marie, au CHU de Rouen, pour la création de cette école et l’accueil des étudiants en stage. Le CNA note toutefois que d’un point de vue légal, l’autorisation de proposer cette formation doit être délivrée préalablement à l’ouverture du numerus clausus, or on ne trouve pas trace d’une telle autorisation au Bulletin officiel. Les ministères auraient-ils procédé dans le désordre ?

Autre argument avancé par le CNA : des moyens non appropriés pour mettre en place cette formation : « Il y a très peu de transports publics menant à l’hôpital de la Musse ». Le complexe est en effet situé à environ sept kilomètres d’Évreux, en pleine campagne. Une situation qui diffère assez peu de l’école de Fougères, désormais située à l’extérieur de la ville, note toutefois Catherine Palladitcheff.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble de la profession voit plutôt d’un bon œil la sensible augmentation du nombre d’étudiants admis en première année de formation. Pour Luis Godinho, président de l’Unsaf, cette hausse semble « raisonnable ». Quant à Lionel Collet, Conseiller d’État et toujours au fait des sujets touchant l’audioprothèse, il se « félicite de l’augmentation du nombre d’étudiants en phase avec les besoins du marché. C’est une augmentation qui va dans le bon sens, comme le suggérait le rapport de l’Autorité de la concurrence. » Et s’il trouve que la situation géographique importe peu, les membres du CNA et l’Unsaf auraient en revanche eu une préférence pour une ouverture d’école à Lille.

Du côté de Rouen, peu importe ces considérations et intentions de recours : « Nous disposons de toute façon des autorisations pour ouvrir cette école », clame le Pr Fréger, déterminé. Même confiance du côté de Catherine Palladitcheff : « Nous avons déjà fait nos preuves avec les autres formations que nous proposons à La Musse. »

BS