Bruit au travail, des conséquences humaines et financières bien trop importantes…

Journée nationale de l’Audition

©istockPhoto

Dans le cadre de la Semaine de la santé auditive organisée par la JNA, qui se déroule à l’occasion de la Semaine européenne de la Santé et de la Sécurité au travail, l’association, portée par sa mission de lanceur d’alerte, a rendu publics les résultats d’une étude sur le bruit en milieu professionnel.

« Le bruit au travail nuit à la santé des salariés et à la santé financière des entreprises selon les résultats d’un audit du coût social du bruit réalisé au sein d’une entreprise du secteur tertiaire », annonce la JNA.
 
L’association vient en effet de réaliser un audit du Bruit et de ses impacts auprès de 23 salariés d’une entreprise du secteur tertiaire, le Pôle Alternance et Apprentissage du groupe Igs Lyon. « Cette étude permet de montrer les gains santé, bien-être et performance pouvant être optimisés par une meilleure gestion individuelle et collective du bruit dans les entreprises en prenant en compte les caractéristiques acoustiques des espaces de travail et de leurs impacts, détaille la JNA. L’intervention s’est réalisée dans un contexte social positif, dans une intention et une volonté d’amélioration du bien- être au travail de la part des salariés et de la direction », est-il détaillé.
 
– Cet audit fait apparaître des coûts sociaux pouvant être valorisés par une meilleure gestion sonore au travers d’un tableau de bord financier :
« Aujourd’hui, détaille la JNA, au sein de l’entreprise auditée, le bruit apparaît comme responsable directement ou indirectement de pertes financières annuelles importantes. »
45 500 euros par an à cause du bruit : de l’acoustique et des comportements ;
78 600 euros par an à cause de la fatigue occasionnée par le bruit ;
75 900 euros par an à cause de l’envahissement de l’espace personnel en raison des espaces partagés et des pratiques sonores entre collègues ;
59 570 euros de perte de productivité en raison de la désorganisation liée à la fatigue et à l’envahissement des espaces personnels par le passage intempestif des collègues et des publics accueillis.
 

Coûts sociaux pouvant être valorisés engains
 
  En raison de lagêne dubruit En raison de la fatigue En raison de l’envahissement de son espacepersonnel Endésorganisation
Coûts cachés par journée de travail (Effectifs : 23 personnes) 197,98 € 341,98 € 330,01 € 259,13 €
Coûts cachés par mois
(Sur 20 jours ouvrés, effectifs : 23 personnes)
3 960 € 6 840 € 6 600 € 5 180 €
Coûts cachés annuels
(Effectifs : 23 personnes sur 11,5 mois)
45 540 € 78 660 € 75 900 € 59 570 €
Selon méthode d’évaluation des coûts cachés de l’analyse socio-économique des organisations.
                   
« Un tableau de bord financier qui permet d’indiquer que les investissements réalisés pour réguler ces coûts sociaux peuvent rapidement se transformer en bénéfices liés aux gains "santé, bien-être et performance", souligne la JNA. Investir ne correspond donc pas à une perte sèche ! En effet, la valorisation de ces coûts cachés permet de réaliser une balance financière nécessaire à une prise de décision quant aux investissements de régulations acoustiques des locaux et des espaces partagés, de la distribution au sein de ces espaces et l’accompagnement du changement des pratiques humaines », met en avant l’association JNA.
 
– Au cours de cet audit, l’association JNA a identifié des leviers de gains bien-être et de performance. En effet, la gêne induite par le bruit s’est manifestée de manière prégnante dans les résultats de l’étude. Ainsi, parmi les 23 collaborateurs ayant participé à l’audit, 61 % se disent gênés par le bruit pendant la journée quand 91 % le sont durant leur présence au travail et que 74 % sont gênés pendant le temps de déjeuner au travail. L’étude nous renseigne également sur les causes de cette gêne. Si 50 % de l’effectif évoque la réverbération des locaux, ce sont essentiellement les passages (la venue) des élèves sur les espaces de travail (70 %) et les conversations téléphoniques (61 %) qui sont identifiés comme sources de gênes. « Par contre, à l’unanimité les salariés remettent en cause l’utilisation des climatisations individuelles sur les espaces partagés, souligne la JNA qui conclut sur cet item : Si la réverbération au sein des locaux n’est pas remise en cause en référence aux normes acoustiques en bureaux partagés, c’est essentiellement les critères de discrétion et d’intelligibilité de la parole qui sont questionnés en raison de la promiscuité et de l’absence d’isolations acoustiques entre salariés sur les espaces partagés. »
 
– L’étude de la JNA met en lumière des leviers de gains santé et de performance au regard des impacts du bruit au travail exprimé par les participants à l’audit. En effet, le premier effet indiqué est celui de la lassitude (83 %) de l’échantillon. Aussi, pour 7 salariés sur 10, des maux de tête et des difficultés de sommeil surviennent entre « souvent à parfois » après une journée de travail. Enfin, près de 50 % des salariés ressentent une fatigue de la voix en fin de journée. « La qualité de vie est questionnée, avertit la JNA. Au cours des entretiens semi-collectifs, les employés de ce service ont indiqué ne plus avoir envie de communiquer au sein de leur foyer après une journée de travail. Parfois même, ils n’arrivent plus à suivre les conversations avec leurs proches… », souligne l’association.
 
Un fort sentiment d’envahissement de son espace personnel
 
Pour 65 % des salariés interrogés, leur sentiment d’envahissement de leur espace personnel provient du passage des collègues sur leur espace de travail et pour 1 salarié sur 2 celui non organisé des élèves et des conversations téléphoniques. « En effet, détaille la JNA, compte tenu de la promiscuité de vie au sein des espaces personnels et en l’absence de limites formées par les murs et autres séparateurs, le local fait de moins en moins office de "contenant" permettant de "contenir" l’individu et les individus entre eux ». Et lesfacteurs amplifiant le sentiment d’envahissement tiennent dans :
– La promiscuité des salariés au sein des espaces : les espaces de pause sont considérés comme bruyants et n’apportant pas de repos.
– L’absence d’un lieu de répit : les espaces dédiés aux pauses sont considérés comme peu accueillants et trop bruyants.
– La culpabilité de s’extraire du groupe : la promiscuité a aussi généré un sentiment de culpabilité à s’extraire du groupe malgré un besoin individuel.
– La difficile discrétion des échanges et le manque d’intelligibilité : le bruit présent dans ce service et les témoignages sur les difficultés à suivre les conversations téléphoniques interrogent la discrétion et l’intelligibilité des échanges. La démarche d’audit a permis de questionner les équipes sur les règles de vie collectives et les pratiques individuelles appliquées au sein des espaces partagés. Lors des temps semi-collectifs, les participants ont pu prendre conscience de leurs habitudes au quotidien et exprimer individuellement et collectivement leur gêne dans certaines situations.
 
Le bruit, fléau des temps modernes
 
« Les constats posés ici sont identifiables au sein de nombre d’entreprises françaises, souligne la JNA. Ils montrent la nécessité de prendre à bras le corps la toxicité directe et indirecte du bruit sur la santé, le bien-être et la performance. Fort heureusement, une nouvelle norme NF S 31-199 présentée par l’Afnor le 4 octobre 2016 sur les performances acoustiques des espaces ouverts et partagés de bureaux, renforce le rôle essentiel de la nécessité de discrétion et d’intelligibilité de la parole pour les activités réalisées sur ces espaces de travail ouverts ou partagés. »
 
Sébastien Leroy, porte-parole de l’association Journée nationale de l’Audition explique : « Selon la définition de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est de notre devoir de mettre tout en œuvre pour favoriser un état de bien-être total. La question du bruit et de ses impacts sur la santé et le bien-être interroge sur la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de ses évolutions, détaille-t-il. Dans le domaine de l’audition, la perte de l’audition reste irréversible. Le bruit impacte l’oreille directement et indirectement du fait des interconnexions du système nerveux. Le bruit par sa toxicité n’est-il pas à considérer comme une violence à l’homme ? Nous pouvons agir ! », conclut-il.
 

Du 24 au 28 octobre 2016, l’association JNA mobilise l’ensemble des acteurs de l’entreprise pour agir ensemble et enrichir les démarches de bien-être en entreprise. L’association JNA, association neutre et indépendante reconnue comme un acteur de santé publique ayant une fonction d’alerte et de plaidoyer vise à une intégration de la santé auditive comme une opportunité pour optimiser les démarches de bien-être.
Elle a été accréditée par le mouvement Global Compact des Nations Unies. Elle est désormais membre de Global Compact France pour valoriser les droits de l’Homme dans toutes ses situations de vie.

GB avec la JNA