Les surdités unilatérales au programme de l'IFOS

IFOS 2017

Le Palais des congrès de Paris accueillait le congrès de l'IFOS. © Guillaume Bureau

Les surdités unilatérales ont fait l’objet d’une table ronde francophone au cours du congrès de l'IFOS 2017. Intitulée « Surdité unilatérale : appareillage, chirurgie ou implant auditif » etmodérée par le professeur Nehme, elle avait pour objectif de faire le point sur les modalités actuelles d’évaluation des surdités unilatérales et les différentes réhabilitations possibles. Les causes sont différentes chez l’enfant : le plus souvent congénitales, et chez l’adulte : habituellement au décours d’un épisode de surdité brusque.

Stéphane Gallego a tout d’abord rappelé les conséquences de la perte de la binauralité, à savoir une diminution des seuils en audiométrie tonale et vocale, mais surtout une altération importante de la vocale dans le bruit et de la localisation spatiale. Il a rappelé que les trois mécanismes impliqués dans ces situations sont : l’effet d’ombre de la tête, particulièrement marqué pour les hautes fréquences, la réduction de la sommation binaurale, et l’effet squelch. Ceci va réduire les capacités du système auditif à discriminer les différences de temporalité et d’intensité entre les deux oreilles. Un certain nombre d’éléments vont contribuer à majorer la gêne ressentie, en particulier s’il existe une atteinte auditive controlatérale sur les fréquences aiguës. Les conséquences sont multiples, au-delà de cette altération de la perception dans le bruit et de la localisation spatiale, avec la présence d’une diplacousie, mais aussi fréquemment d’acouphènes plus ou moins intenses, de troubles de l’équilibre et de la posture, d’une fatigue et plus généralement d’une altération de la qualité de vie. S’agissant de l’évaluation audiométrique, il a mentionné que les difficultés éventuelles présentées par une asymétrie auditive importante, avec risque de recueillir une courbe fantôme, pouvaient être réduites par des évaluations réalisées par les audioprothésistes, en réalisant en particulier une recherche des seuils d’inconfort. L’évaluation doit aussi comporter des tests en situation bruyante, des tests de compréhension dans le bruit, et des tests de localisation spatiale. Afin de mieux préciser l’impact de la surdité unilatérale pour une personne donnée, la passation de questionnaires, dont le SSQ15 développé à Lyon par Annie Moulin, ainsi qu’un questionnaire spécifique des acouphènes (THI) permet une évaluation individuelle.

Vincent Krause a abordé les différentes solutions audioprothétiques possibles. Depuis 1964, date d’apparition des premiers systèmes de transfert entre les deux oreilles : CROS (Controlateral Routing of Sound), il y a eu de nombreux développements. Schématiquement, il existe actuellement trois options possibles, en fonction principalement de l’audition controlatérale. Tous utilisent la technologie WI-FI. Le système CROS, va assurer à partir d’un émetteur localisé au niveau de l’oreille atteinte, un transfert vers un récepteur placé au niveau de l’oreille controlatérale. Le BI CROS va combiner cette fonction de transfert, avec une amplification sur l’oreille la moins atteinte, dès qu’elle présentera une atteinte auditive significative. Enfin depuis 2015, il existe un dispositif TRI CROS. Il est destiné aux surdités très asymétriques. Il permet dans un premier temps de réaliser une amplification bilatérale « conventionnelle », et si au bout d’un certain temps celle-ci s’avère non concluante, de transformer en système de type BI CROS. En terminant sa présentation, Vincent Krause a présenté un tableau récapitulatif des effets attendus avec ces différentes modalités. Le principal est la réduction de l’effet d’ombre de la tête.

Sébastien Schmerber a présenté les différents types d’implants ostéo-intégrés utilisés pour la réhabilitation des surdités unilatérales. Il a rappelé que cette situation pouvait être rencontrée jusqu’à 5 % des enfants au moment de l’âge de la scolarité, d’où l’intérêt d’un dépistage, d’une évaluation et d’une réhabilitation. Actuellement, plusieurs systèmes implantés basés sur le transfert des informations par voie osseuse sont disponibles : Baha, Ponto, Sophono, Bonebridge… Dans les mois à venir, le dispositif ADHEAR, développé par la société MED-EL, sera proposé. Sa spécificité est de permettre, dans certains types de surdité de transmission, un positionnement de l’audio processeur, non pas sur une fixture placée chirurgicalement, mais sur un adaptateur adhésif, changé tous les trois à sept jours, par le patient. Sébastien Schmerber a insisté sur la période de test qui précède l’indication de la mise en place d’une prothèse ostéo-intégrée. En effet, celle-ci s’accompagne d’un refus de cette modalité dans 35 % à 57 % des cas. Par ailleurs, les résultats présentés montrent d’une part que le bénéfice fonctionnel est équivalent pour les différents types de dispositifs disponibles, mais que lors d’un suivi à long terme il apparaît que 50 % des patients ne sont plus utilisateurs avec 5 ans de recul. D’où l’importance de la période de test qui doit représenter une étape importante dans cette orientation thérapeutique.

Isabelle Mosnier a présenté la place de l’implantation cochléaire dans cette indication de surdité unilatérale. Elle a rappelé que c’est en 2008 que l’équipe de Paul van de Heyning, a montré chez des patients présentant une surdité unilatérale associée à des acouphènes invalidants, un bénéfice de l’implantation cochléaire en termes de réduction des acouphènes. Dans le cadre d’une revue de la littérature complète sur cette indication Isabelle Mosnier a montré les bénéfices obtenus par l’implant cochléaire, au-delà de l’effet direct attendu sur les acouphènes, à savoir une amélioration de la localisation spatiale et de l’intelligibilité en situation bruyante. Un point important et la nécessité d’une rééducation orthophonique spécifique, avec une prise en charge différente de celle réalisée dans les autres indications d’un plan cochléaire. Cette rééducation est avec la motivation du patient un facteur important pour l’obtention d’un bénéfice notable. Enfin, il est à noter des publications plus récentes concernant la réalisation d’implantations cochléaires chez des enfants présentant une surdité unilatérale.

Mathieu Marx a présenté les résultats préliminaires d’une étude française multicentrique, comportant des données médicales, mais aussi économiques, consacrée aux différentes options thérapeutiques en cas de surdité unilatérale chez l’adulte. Il a tout d’abord précisé que la première étape de l’étude était une information du patient quant aux différentes modalités thérapeutiques possibles, avec comme alternative l’abstention de toute thérapeutique. En effet, dans un certain nombre de cas le patient peut faire ce choix, avec une possibilité d’apprécier dans la durée l’impact individuel de la surdité unilatérale. Cette étude comportait d’une part des évaluations cliniques et audiométriques, d’autre part une appréciation de l’impact sur la qualité de vie des patients par différents questionnaires ; et enfin une évaluation économique détaillée. Au stade actuel de l’analyse des données préliminaires qui portent sur 142 patients ayant participé à l’étude, les choix portaient respectivement sur l’abstention thérapeutique (n=10), un système CROS (n=67), une prothèse ostéo intégrée (n=18) et un implant cochléaire (n=47). L’analyse complète et détaillée de l’ensemble des résultats de cette étude sera présentée ultérieurement.

Dr Didier Bouccara