2015, et demain ?

Audio infos
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Afin de cerner les tendances d’un marché en constante mutation et d’essayer de comprendre vers quoi il tend, de quelles évolutions majeures, innovations technologiques et inflexions politiques il sera fait, nous avons sollicité les acteurs du secteur, afin qu’ils nous livrent leurs points de vue. Directeurs d’enseignes, de firmes, représentants syndicaux, d’Ocam, audioprothésistes indépendants ou sous enseigne, tous, connus ou moins connus se sont livrés au jeu de l’anticipation afin de tracer les contours de l’audioprothèse de demain. Tour d’horizon… non exhaustif !

alain afflelou audio

« Je pense que dans les cinq ans à venir, les innovations technologiques seront très importantes et le marché, tel qu’il est aujourd’hui, risque d’en être profondément modifié. D’autre part, l’aspect commercial va se développer et l’on se dirige vers une évolution importante des prix qui ira de pair avec l’évolution technologique. »

Alain Afflelou

P.-d.g. d’Alain Afflelou Acousticien

Christophe Auber audio

« Nous devrions voir une évolution importante dans l’acceptation de l’utilisation des aides auditives, grâce à une communication grand public renforcée, une prise de conscience des conséquences d’un non-appareillage, d’une volonté de mieux vieillir, des évolutions technologiques et audiologiques et surtout au savoir-faire des audioprothésistes dans la prise en charge de ces nouveaux consommateurs et de leurs attentes. Par contre, il sera primordial de préserver toutes les prérogatives actuelles du métier d’audioprothésiste. C’est la vision d’Oticon, qui, plus que jamais, s’inscrira comme un partenaire des audioprothésistes dans cette évolution. »

Christophe Aubert

Directeur France d’Oticon

Eric Van Belleghem

« Je pense que le secteur va poursuivre sa croissance de 5 à 10 % par an. La croissance du nombre de centres sera supérieure et la concurrence dans la distribution va s’intensifier. Les audioprothésistes qui tireront leur épingle du jeu seront ceux qui auront su faire évoluer leurs pratiques pour s’adapter aux attentes et aux besoins de cette nouvelle “clientèle” dont nous fêtons les “70” ans cette année, “les baby-boomers”. Ce sont eux qui vont représenter la croissance des prochaines années et cette clientèle attendra de nouveaux standards en matière de solution pour l’audition. »

Éric Van Belleghem

Directeur général de Starkey France

Eric Bizaguet

« Les buts futurs à atteindre dans les cinq ans : l’intégration d’une technologie de plus en plus efficace pour tous les malentendants par des audioprothésistes dont la formation initiale passe à cinq ans du fait de la création de nouvelles délégations de tâches. Une diminution du reste à charge par des pouvoirs publics ayant pris conscience de l’impact de santé publique de la surdité et qui prennent en compte les propositions de la profession pour éviter les pertes de chance liées à des problèmes financiers. Une validation par la profession des Ocam, mutuelles et assureurs respectant des critères de liberté de choix du patient et de l’audioprothésiste dans un contrat financier permettant une prise en charge et un suivi audioprothétique de qualité. »

Éric Bizaguet

Président du Collège national d’audioprothèse (CNA)

Laurent Borella

« Il est probable que d’ici cinq ans les aides auditives seront mieux prises en charge par les assureurs complémentaires, notamment grâce aux accords entre les professionnels de santé et les réseaux de soins ».

Laurent Borella,

Président de Kalivia

Didier Bouccara

« Mieux entendre pour mieux vieillir. L’impact des troubles sensoriels, auditifs, visuels… sur la qualité de vie et les troubles cognitifs étant démontré, l’objectif est de développer et faciliter le repérage précoce de la presbyacousie et sa réhabilitation. »

Didier Bouccara

ORL, Société française de Réflexion Sensori Cognitive (Sofresc)

Pascal Boulud

« En 2020, nous serons en plein papyboom. Avec un marché proche du million d’appareils, l’évolution majeure viendra de la typologie des porteurs : les patients, nécessitant une approche pluridisciplinaire, avec prise en charge des problèmes cognitifs, les surdités sévères à profondes, les acouphènes, les patients implantés, etc.
les consommateurs technophiles à la recherche de valeur ajoutée, de service, de marque et d’intégration de nos solutions dans leur vie quotidienne. »

Pascal Boulud

Président de Siemens audiologie France

« Nous prévoyons une évolution bidirectionnelle du secteur de l’audioprothèse. D’un côté, les groupements d’audioprothésistes ayant les fabricants d’aides auditives comme principaux décisionnaires et de l’autre, les groupements dont les décisions appartiennent aux audioprothésistes. Les stratégies audioprothétiques, commerciales, et financières y sont diamétralement opposées. L’évolution majeure reste, à mon sens, l’arrivée des réseaux des mutuelles voulant obtenir une tarification encadrée des solutions auditives en séparant le tarif de la prestation. Arrivera-t-on jusqu’à des solutions auditives imposées par les mutuelles aux audioprothésistes ?

Fabien Bouger

Directeur de Sensation auditive

« Selon moi, la part de fabrication numérique des embouts va très fortement progresser dans les prochaines années. L’arrivée de nouveaux équipements abordables associée à des matériaux de plus en plus évolués va démocratiser cette technologie. Avec la prise d’empreinte numérique qui devrait faire son apparition dans les prochains mois, l’utilisation d’imprimante 3D devrait fortement augmenter. »

Alexandre Brosseau

Gérant de la société Kreos

Stéphane Caramagnol

« Le secteur de l’audio dans cinq ans ? Une augmentation du potentiel de clients appareillés sur le marché notamment liée au vieillissement de la population conjuguée aux campagnes de sensibilisation, ainsi qu’une meilleure prise en charge de la Sécurité sociale et des mutuelles qui devraient permettre au marché français de maintenir sa croissance et de rattraper certains pays européens en termes de taux d’équipement de personnes ayant des troubles auditifs. Les évolutions majeures ? La recherche des fabricants dans la performance des aides auditives, notamment dans la discrétion de l’appareil, et aussi dans la connectivité avec le monde environnant (téléphone, tablette, voiture, TV, et demain…) permettra aux personnes malentendantes d’accepter plus facilement l’appareillage. Par ailleurs, pour toujours plus de discrétion et donc une meilleure acceptation, des solutions telles que nos AUDIOvisuelles (lunettes auditives) seront probablement un facteur essentiel dans la volonté d’appareillage. »

Stéphane Caramagnol

Directeur réseau Audio 2000

Thierry Daudignon

« Exercice très difficile de faire une prédiction sur le marché à cinq ans tant les variables sont nombreuses. Voici néanmoins quelques points qui me semblent importants et probables :
• les nouveautés technologiques proposées par les fabricants (spécialement Starkey) vont continuer à un rythme soutenu tout au long de cette période ;
• l’installation des « Papy-boomers » dans l’âge moyen du premier appareillage (70 +) va nécessiter une adaptation de notre offre en fonction de leur état d’esprit ;
• de plus en plus de services seront proposés à distance (directement de l’audioprothésiste au patient chez lui) ;
• les professionnels ayant su se différencier grâce à la valorisation de leurs prestations continueront à préserver leurs parts de marché vis-à-vis des organisations dont la stratégie est essentiellement basée sur les prix. À relire dans cinq ans ! »

Thierry Daudignon

Directeur général, Starkey France

Richard Darmon

« Le monde de l’audioprothèse dans 5 ans… … sera un monde connecté : le Smartphone, en particulier, aura pris une place centrale, en apportant aux aides auditives sa puissance de calcul et son lien avec le monde. … se sera structuré autour de modèles économiques bien définis qui apporteront des réponses assez différentes aux clients : des indépendants, des opticiens, des chaînes “verticalisées”, des mutualistes et des grands réseaux intégrés. … aura intégré un nouvel acteur, les Ocam, dont le rôle à terme n’est pas écrit et qui dépendra de la capacité de tous les acteurs du métier à inventer des approches innovantes, dans l’intérêt réel des patients. »

Richard Darmon,

Directeur d’Amplifon France

Bruno delaunay

« Le poids des Ocam, l’arrivée massive des fabricants dans la distribution et la tentation des pouvoirs publics de déréguler le secteur sont autant d’éléments qui risquent de modifier profondément le secteur de l’audioprothèse ces cinq prochaines années. D’autant que, derrière les syndicats et le Collège, les plus mobilisés pour défendre les valeurs de cette profession sont les enseignes, alors même que les audioprothésistes indépendants restent majoritaires. L’évolution risque d’impliquer la disparition d’une spécificité française : une qualité d’appareillage avec un taux de satisfaction de 86 %. Car comme dans les débats théologiques, les nouveaux arrivants, à force de ne parler que de marge et de prix, oublient juste celui au nom de qui ils sont censés mener bataille : les malentendants. »

Bruno Delaunay,

Vice-président du Club Alter Ago


Xavier Delerce

« Faire de “l’audioprothèse fiction” sans arrière-pensée n’est pas aisé en ces temps agités pour la profession. Une chose cependant n’a pas changé depuis des dizaines d’années et ne changera pas de sitôt : la prise en charge humaine de nos patients, et le service que nous leur apportons au long cours. Si aucune entité ne nous enlève notre pouvoir de choix (c’est la définition de la liberté...), un service et une prise en charge irréprochables continueront toujours à faire émerger des professionnels de qualité, indépendants ou non. »

Xavier Delerce,

Audioprothésiste DE

Guillaume Flahault

« Les fabricants actuels devront faire la place à Google et Apple. Les Google et Apple Glasses seront devenues des lunettes auditives très performantes. L’alternative biotechnologique sera annoncée, car les tests de régénération des cellules ciliées par injection de cellules souches auront bien avancé. Mais les patients auront plus que jamais besoin d’interlocuteurs compétents dans cet environnement complexe. Les audioprothésistes peuvent dormir sur leurs deux oreilles. »

Guillaume Flahault,

Conversons – président du Syndicat national des entreprises de l’audition (Synea)

Bruno Fracher

« L’espoir, dans cinq ans et sans doute plus, serait de gagner le challenge de la compréhension de la parole dans le bruit et de banaliser la solution pour les zones mortes de la cochlée. Plus modestement, manifestement la technologie sera bien en avance. L’aide auditive autour de l’objet téléphone notamment... »

Bruno Frachet

Professeur ORL

Luis Godinho

« L’espoir, dans cinq ans et sans doute plus, serait de gag« Une meilleure prise en charge par la Sécurité sociale et les complémentaires, permettant un équipement auditif avec un reste à charge modéré pour tous les patients. Une offre en entrée de gamme avec le même différenprix chez tous les professionnels, permettant une saine concurrence par la qualité de la prestation, plutôt que par des offres low-cost, incompatibles avec une profession de santé. »

Luis Godinho

Président du Syndicat national des audioprothésistes- Unsaf, audioprothésiste indépendant.

« I have an audiodream ! 2020, après 40 ans centrés sur des progrès techniques inouïs, l’audioprothésiste est en pleine mue. Autrefois professionnel de la surdité, il devient professionnel de l’audition et de la communication. Autrefois seul interlocuteur du malentendant, il s’inscrit maintenant dans une vraie démarche pluridisciplinaire avec les orthophonistes, les ergonomes et ergothérapeutes, les professionnels de la santé au travail ou de la gériatrie, les acteurs sociaux. Bref, il pratique l’accompagnement d’une audition globale qui met ces outils au service du coeur de la vie des hommes : la relation et donc la communication ! L’audioprothésiste disparaît, vive l’accompagnant auditif ! »

Jérôme Goust

Consultant « Vie quotidienne et audition », enseignant dans les écoles d’audioprothèse de Paris et Cahors

« De ma fenêtre, je vois :
• des acteurs (fabricants de prothèses auditives) de moins en moins nombreux et de plus en plus importants (dernier exemple le rachat d’Audika par William Demant) ;
• une tentative de démocratisation des assistants d’écoute plus avancée encore, sinon réalisée ;
• dans le domaine qui nous concerne un développement des accumulateurs (lithium-ion ?) par rapport aux piles zinc/air qui seront néanmoins toujours commercialisées. »

Jean-Claude Kapp

Directeur commercial de Varta Microbattery GmbH

« Dans 5 ans ? Les fabricants auront encore amélioré la base technique, surtout en ce qui concerne les puissances de calcul de leurs puces, mais aussi de leurs fonctionnalités associées destinées à faciliter la communication, que ce soit par le biais d’accessoires ou directement. Les chiffres publiés en 2015 par la Drees (relevant que “seuls 57,8 % des appareillages sont efficaces” !) seront en nette amélioration, et ce depuis l’année où des audios potentiellement trop axés sur la “cible”, se seront mis à pratiquer une rééducation plus progressive, accompagnant la plasticité cérébrale sans tenter de la “forcer”, optimisant également le “score” final comme la prise en charge psychologique. Cela aura ainsi creusé l’écart avec ceux qui, proches de la filière audition ou venant d’une autre, avaient pris le parti d’appliquer à l’audioprothèse des méthodes bien trop “rationnelles”. La prévention du risque auditif sera plus en avant, sur le plan de la société, améliorant donc l’image de notre profession, tout en dédramatisant, collatéralement, encore plus, le recours aux aides auditives. »

Jean-Louis Horvilleur

Audioprothésiste D.E., journaliste Guitar Part, membre du bureau et administrateur de La Semaine du Son, président du Conseil scientifique de Bruitparif.

« Le marché français de la distribution d’aides auditives est aujourd’hui à un carrefour. Ce qu’il sera dans cinq ans dépendra de la capacité des acteurs de ce marché à prendre le bon virage stratégique. Trois chemins possibles se dessinent :
• un marché qui peut rester refermé sur lui-même, avec 80 % de malentendants non équipés, comme aujourd’hui ;
• un marché de plus en plus orienté par les plates-formes des Ocam ;
• un marché qui se démocratise avec un travail de fond sur la gamme, la politique de pricing et la capacité à offrir à tous l’accès aux aides auditives.
Quoi qu’il en soit, le secteur doit se doter des capacités pour élargir la volumétrie d’audioprothésistes formés chaque année et faire connaître leurs services auprès du plus grand nombre, afin de répondre aux enjeux grandissants du vieillissement de la population. »

Maher Kassab

Directeur de Gallileo Business Consulting

« Le marché français pourrait être 40 % plus important qu’aujourd’hui. En revanche, les pressions exercées notamment par les Ocam et les discounters vont favoriser la consolidation et la verticalisation du marché par des groupes (industriels et distributeurs). Il est donc très important pour nos partenaires audioprothésistes, de bien choisir leurs partenaires et de développer avec eux des relations durables pour mieux naviguer ensemble dans un environnement plus complexe. »

Jens Kofoed

Directeur de Prodition

« D’ici à cinq ans, le marché devrait vraisemblablement continuer à croître sur le même rythme que ces dernières années avec un développement continu des écouteurs déportés. Le nombre de centres va augmenter plus rapidement que le marché. Cela aura pour effet de baisser mécaniquement le chiffre moyen par centre. La différenciation sera dès lors une obligation. Elle se fera autour du positionnement stratégique de son entreprise et des services associés à l’appareillage. Côté développement, des ruptures technologiques majeures sont à prévoir d’ici cinq ans, dans le but de proposer des solutions toujours plus simples d’utilisation et discrètes à nos patients.

Vincent Lefèvre

Directeur général Phonak & Unitron France

« Le marché va progresser de 5 % par an en moyenne. Il y aura dix écoles contre six aujourd’hui et plus de 200 diplômés par an. Les appareils seront de plus en plus connectés et compatibles avec les Smartphones, montres, lunettes et appareils high-tech. Optical center sera l’enseigne leader devant Amplifon (2) et Audika (3). On commencera à parler d’audiologiste et le débat d’idées se fera autour de ce thème central pour l’après 2020. »

Laurent Levy

Président fondateur d’ Optical Center

« Le marché français, longtemps très différent des autres marchés avec une distribution éclatée, un grand nombre d’indépendants, peu de chaînes, pas d’industriels dans la distribution il y a encore trois ans, va voir sa mutation, entamée il y a quelques années, s’accélérer. La réduction du nombre d’industriels, leur entrée dans la distribution et sur le marché de l’implant, l’accroissement du coût des services nécessaires pour l’exercice de la profession, la pression des Ocam et la concurrence de plus en plus rude vont amener une accélération de la concentration des audioprothésistes. Il est clair que la taille critique pour résister et offrir des services de qualité aux patients va s’élever. »

Benoît Roy

Président du groupe Audilab

J’imagine aisément de nouvelles tentatives d’installation de la part de discounters avec des prises de parts de marché. Par contre les audioprothésistes vont devoir, pour résister à ceux qui “achètent le prix”, développer un arsenal de nouveaux outils (techniques, psychoacoustiques, informatiques et d’entretien), pour des situations difficiles et plus chronophages : l’appareillage des quatre fois vingt (voire cinq fois vingt ?),la réhabilitation auditive de l’adulte âgé désafférenté, la prise en charge des patients hyperacousiques ou acouphéniques, la prise en charge des neuropathies ou des lésions auditives “à audiogramme normal”. De nouvelles compétences devront être acquises dans des domaines comme la neuropsychologie et les neurosciences. On imagine aisément une “audioprothèse”à deux ou trois vitesses avec d’une part de la vente rapide à prix bas et d’autre part de véritables “labos”, non plus de correction, mais de réhabilitation auditive.

Philippe Lurquin

Audioprothésiste DE, Belgique