Recherche : un nouveau traitement pour les surdités cachées ?

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Une nouvelle étude, publiée dans le revue Nature et réalisée par deux lauréats de la Fondation pour l'audition, les docteurs Jérôme Nevoux et Mihaela Alexandru, montre qu’il serait possible de restaurer les synapses cochléaire après une exposition au bruit, grâce à un anticorps. Pour l’équipe de chercheurs, l’objectif à terme serait de mettre au point un traitement pour les surdités cachées.

Ces travaux conduits en collaboration avec le Professeur Albert Edge au Massachusetts Eye and Ear Infirmary (faculté de médecine de Harvard) à Boston, consistent à utiliser un anticorps capable de neutraliser la protéine RGMa, présente dans l’oreille interne.« Quand la synapse est altérée, le neurone qui était connecté à la cellule ciliée se rétracte. Mais il cherche naturellement à se reconnecter. Or la protéine RGMa a pour fonction de bloquer ce processus. Cette capacité est indispensable au cours de la formation du système nerveux, mais ici, elle empêche la reconnexion qui pourrait avoir lieu », révèle Jérôme Nevoux. « En 2013, l’équipe du Pr Edge avait découvert qu’il était possible de stimuler la formation de synapses entre des cellules ciliées et des neurones en culture en bloquant l’activité d’une protéine présente dans l’oreille interne, nommée RGMa (pour Repulsive Guidance Molecule type a) », explique Mihaela Alexandru.
La stratégie consiste donc à utiliser un anticorps capable de neutraliser la protéine RGMa. Son administration dans l’oreille de souris de laboratoire reproduisant la surdité cachée a conduit à la régénération des connexions entre les cellules ciliées et les neurones. « Ces résultats, observés avec un microscope très perfectionné, ont été confirmés par des tests auditifs, confirme Jérôme Nevoux. Comme cet anticorps a déjà été utilisé dans d’autres applications chez l’humain, un protocole thérapeutique avec injection directe dans l’oreille interne pourrait être développé assez rapidement. Reste encore à vérifier si l’intervalle de temps long entre le début des symptômes et le traitement permet une régénération aussi efficace que celle que nous avons observée dans notre modèle expérimental. Mais je crois en l’avenir de ce type de thérapie de l’oreille interne. » A terme, les deux lauréats espèrent « enrayer l’augmentation des cas de surdités, due à une exposition croissante au bruit. Il s’agirait d’une avancée importante car il n’existe à ce jour aucun traitement curatif disponible pour ces patients, à qui on peut seulement proposer des aides auditives. »

Lucile Perreau