Santé numérique : vers une médecine 5P

Santé numérique



Les scientifiques de l’Inserm et de l’Inria décryptent les enjeux de cette thématique d’avenir, à l’occasion du lancement de la stratégie nationale d’accélération sur la santé numérique.

Le 18 octobre dernier a été lancée la stratégie nationale d’accélération sur la santé numérique pour une médecine« 5P (personnalisée, préventive, prédictive, participative et des preuves) au bénéfice du citoyen, du patient et du système de santé », précise le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Cette stratégie est dotée de 650 millions d’euros pour le développement, la validation et l'expérimentation des outils numériques tels que l'internet des objets, les plateformes de services, l'intelligence artificielle (IA), les dispositifs médicaux numériques, les jumeaux numériques, les essais simulés ou la robotique. Elle s’appuie notamment sur l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), en charges du pilotage du Programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR), à hauteur de 60 millions d’euros.
« La santé numérique est l’une des priorités stratégiques de l’Inria, avec plus de 20% des équipes engagées sur ce sujet » rappelle Bruno Sportisse, PDG de l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique). « Le numérique est partout dans la recherche biomédicale et dans les instruments utilisés dans les laboratoires, dans la collecte et l’archivage des données » constate Gilles Bloch, PDG de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). « Le numérique ce sont aussi des logiciels d’aide au diagnostic, des dispositifs de suivi thérapeutiques… autant de nouveaux leviers pour optimiser les systèmes de santé » ajoute-t-il.
Des recherches interdisciplinaires
« L’interdisciplinarité permet de prendre conscience de nouvelles possibilités afin d’introduire ces innovations là où elles auront un impact » insiste Philippe Gesnouin, Responsable du transfert technologique dans la santé, Inria. De fait, de nombreuses collaborations sont mises en place, entre les équipes de recherche Inria et Inserm, mais aussi avec les hôpitaux comme l’APHP ou les CHU locaux, avec d’autres équipes de recherche telles que l’Institut Pasteur ou l’Institut Curie, ou encore avec des industriels de santé. « Les algorithmes d’IA actuels fonctionnent avec des données massives et très propres. Mais souvent les données médicales, c’est tout le contraire, et il y a toutes les chances pour que les algorithmes classiques ne fonctionnent pas. C’est pour cela que nous devons combiner plusieurs approches » décrypte Hugues Berry, Adjoint au directeur scientifique pour biologie et santé numériques, Inria.
Une représentation multi-échelle, évolutive et complète du patient 
Ainsi, en associant statisticiens, cliniciens, informaticiens, l’idée est d’extraire les informations issues du suivi du patient pour personnaliser les traitements futurs. Par exemple, « nous travaillons sur une représentation multi-échelle, évolutive et complète du patient : c’est le principe du jumeau numérique. Cela nous permet d’élaborer de nouvelles stratégies pour les essais cliniques de demain » présente Lotfi Senhadji, Directeur du Laboratoire Traitement du Signal et de l’image (Université de Rennes/Inserm). « L’objectif ultime est de pouvoir proposer le meilleur traitement au bon moment à la bonne personne » résume Sarah Zohar, Directrice de Recherche Inserm au Centre de Recherche des Cordeliers.
 
 

Nadia Bastide-Sibille