Santé auditive au travail : la JNA alerte sur l’urgence sur le bruit au travail

SANTE AUDITIVE AU TRAVAIL


L'étude de la JNA montre que les jeunes actifs expriment plus fortement la gêne occasionnée par le bruit au travail

La nouvelle enquête réalisée avec l’Ifop par l’Association JNA à l’occasion de la 6e édition de la Semaine de la Santé Auditive, montre que l’impact du bruit sur la santé est de plus en plus perceptible notamment chez les jeunes actifs.

Selon la JNA, « il ne sera plus possible de ne pas « écouter » autrement la plainte du bruit dans l’ensemble des secteurs d’activités ». L’enquête montre la corrélation entre le bruit, la santé et les risques de tensions sociales dans le monde du travail. La JNA souligne que « là où tout le monde croit que la sensibilité au bruit au travail est l’affaire des plus de 50 ans, ce sont les moins de 35 ans qui expriment le plus fortement la gêne et ses impacts ».

Selon l’enquête, la perception d’une gêne causée par le bruit recule chez les actifs, mais les télétravailleurs restent davantage concernés par cet enjeu que la moyenne.

En septembre 2021, moins d’un actif français sur deux (49%) se disait gêné par le bruit et les nuisances sonores sur son lieu de travail. La JNA note que même si le chiffre reste conséquent et problématique, il est passé pour la première fois sous la barre symbolique des 50% depuis 2017 (-4 pts vs 2020 et -10 pts vs 2019). 16% des actifs disent souffrir du bruit « souvent » et 33% « de temps en temps ».

Le secteur de l’industrie est le plus marqué par les nuisances dues au bruit(67%), suivi par le commerce qui occupe la seconde place (58%) devant celui du BTP (53%).

Les catégories populaires (53%), et notamment les ouvriers (62%), constituent la catégorie qui semble la plus gênée par le bruit mais les cadres et professions intellectuelles supérieures sont en troisième position (49%).

Les jeunes (52% des moins de 35 ans se déclarent gênés par le bruit au travail) sont particulièrement concernés.

Le télétravail continue à révéler une expérience accrue du bruit et des nuisances sonores : 56% des actifs en télétravail 4 à 5 jours par semaine disent souffrir du bruit au travail, et 59% de ceux en télétravail 2 à 3 jours par semaine, soit 10 points et 13 points de plus que ceux qui sont continuellement présents sur site. Le télétravail, qui s’est pérennisé, demeure donc un facteur différenciant dans le vécu des actifs par rapport au bruit.

Les responsables de la JNA précisent que leurs récentes enquêtes réalisées avec l’Ifop ont montré que l’utilisation d’un casque ne s’accompagne pas toujours d’une écoute à un volume modéré. Par ailleurs, 68% des personnes déclarant sentir une gêne auditive au travail utilisent ces outils (+8pts vs moyenne), et même 78% de ceux qui sont gênés « souvent » (+18pts). « Ainsi on observe un lien entre gêne auditive liée au bruit et utilisation d’un casque ou d’écouteurs mais cette solution n’est peut-être pas la meilleure pour la santé auditive des travailleurs », souligne la JNA qui précise que les télétravailleurs sont cependant moins victimes de difficultés auditives qu’en septembre 2020, du fait d’une certaine habitude du télétravail.

La grande majorité des télétravailleurs déclare toujours rencontrer des difficultés auditives lorsqu’ils sont en télétravail, mais cette proportion tend à diminuer par rapport à 2020 : 70% ont été confrontés à cette situation lors d’échanges au téléphone, 70% lors d’échanges individuels en visioconférence, 70% lors d’échanges collectifs en visioconférence et 62% lors d’échanges avec leurs proches. La JNA explique ce recul dans l’expérience de différents troubles auditifs par de nouvelles habitudes acquises dans le cadre d’un télétravail de plus en plus normalisé.

Face aux différents confinements, les actifs concernés se sont organisés pour aménager au mieux les périodes de télétravail et atténuer le plus possible les interférences, notamment numériques. Au global, une minorité d’entre eux (45%) affirme avoir été confrontée souvent à au moins une des difficultés évoquées. C’est cependant le cas pour 55% des moins de 35 ans.

Interrogés sur l’évolution de leur sensibilité au bruit depuis le retour en présentiel, 45 % des télétravailleurs déclarent qu’elle n’a pas changé, 13% n’étant pas concernés par la situation. Parmi les télétravailleurs ayant observé un changement, 30% considèrent que leur sensibilité au bruit a augmenté. Ce phénomène touche davantage les femmes, les cadres et les personnes travaillant dans les entreprises de plus de 250 salariés.

Le site de travail demeure par ailleurs le lieu où les nuisances sonores sont les plus prégnantes : 47% des actifs qui expérimentent le télétravail estiment que le bruit les gêne davantage en présentiel contre 17% en télétravail. Le retour sur site des télétravailleurs s’accompagne donc d’une acuité plus forte quant aux bruits tels que ceux des conversations des collègues ou induits par le matériel informatique (photocopieuse, machine à café…).

Les actifs sont de plus en plus conscients des conséquences négatives du bruit sur les différents aspects de leur santé. Le sentiment que ce fond sonore peut avoir des répercussions très concrètes sur la santé augmente depuis 2019, signe d’une prise de conscience des conséquences associées aux nuisances sonores en progression. La fatigue, la lassitude et l’irritabilité demeurent les premières conséquences négatives citées (60%, +6 points par rapport à 2019). Viennent ensuite le stress (55%, +9 pts), les troubles du sommeil (43%, +11 pts) et une gêne auditive (diminution momentanée de compréhension de la parole) (43%, +9 pts). Les symptômes et troubles de l’audition progressent dans l’expression des répercussions : +14 pts pour les surdités (33%) et +13 pts pour les sifflements ou bourdonnements (38%), soulignant là aussi la place centrale que prend l’audition dans le quotidien des actifs, et les impacts directs et indirects des nuisances sonores sur leur état de santé. 36% des actifs estiment que le bruit au travail est responsable de souffrance psychologique (+11 pts), et 32% d’hypertension artérielle (+13 pts).

Les 25-34 ans sont ceux qui expriment le plus de difficultés auditives: +4pts/moyenne pour les gênes auditives momentanées ; +4 pts/moyenne pour les sifflements et bourdonnements, et à un niveau identique à la moyenne pour les surdités.

De la même manière, la proportion d’interviewés qui estime que le bruit peut avoir diverses conséquences néfastes sur leur vie professionnelle reste minoritaire mais progresse fortement. 44% le jugent ainsi sources d’incompréhensions avec les personnes qui les encadrent (+8 pts), 43% d’agressivité dans les échanges (+11 pts), 41% de tensions ou conflits au sein de leur équipe de travail (+10 pts) et 38% de comportement de repli sur soi (+10 pts).

Là encore, les 25-34 ans expriment plus fortement l’incidence sur ces indicateurs surtout sur les tensions et conflits, l’agressivité dans les échanges et les incompréhensions avec l’encadrement.

Face à des risques de plus en plus reconnus, les actifs déclarant être gênés par le bruit agissent ou envisagent de le faire afin de protéger leur audition.

Au total, près d’un actif concerné par le bruit sur deux (46%) s’est engagé dans au moins une démarche concrète pour protéger son audition. C’est particulièrement le cas des hommes (52%), des ouvriers (59%), des acteurs de l’industrie (69%) et du BTP (59%), des entreprises de moins de 250 salariés (51%) et des télétravailleurs (55%), notamment quotidiens ou quasi quotidiens (78%). Les catégories de populations qui souffrent le plus du bruit sont donc également les plus enclines à prendre en main ce problème.

Dans le détail des actions mises en œuvre : 23% des télétravailleurs ont demandé un équipement d’écoute approprié lorsqu’ils sont en télétravail, 21% des actifs ont déjà réalisé un test auditif, 24% ont réclamé un équipement de protection individuelle contre le bruit en présentiel, et 20% ont consulté un médecin. Les moins de 35 ans sont très actifs dans la demande de matériel d’écoute dédié au travail et à la Protection individuelle contre le bruit. La JNA se réjouit de ces chiffres qui montrent une réflexion autour de sa santé auditive.

Le sentiment que le bruit fait partie de l’environnement de travail et du dynamisme collectif est identifié comme l’un des principaux freins à la réduction du bruit au travail, mais aussi un certain fatalisme, le manque d’informations sur les impacts du bruit sur la santé et le manque de civilité et de solidarité chez certains collègues.

Au regard de ces résultats, l’association JNA appelle les partenaires sociaux et l’ensemble des décideurs politiques à reconsidérer la place du bruit dans la loi de santé au travail non pas uniquement dans les secteurs dits bruyants mais dans toute l’économie.

Rappelons que la 6e Semaine de la santé auditive au travail se tiendra du 11 au 15 octobre 2021. L'accent est mis sur les nuisances du bruit au travail avec comme slogan « Bruit et santé auditive au travail. Après #Autrement ».

 

Nathalie Bloch-Sitbon