Semaine du Son : les conditions pour réussir la réforme du 100% Santé

paroles d'experts


De G à D : Lionel Collet, Franck Von Lennep et Bernard Fraysse. 

Le Pr Lionel Collet, conseiller d’Etat et Bernard Fraysse, le président de la Société mondiale d’ORL, ont présenté les trois conditions pour garantir le succès de la réforme.

« La première condition, c’est la nécessité de cette mission Igas sur la filière auditive », explique Lionel Collet. « Nous avons besoin d’une analyse avec du recul sur le fonctionnement, sur l’organisation optimale mais aussi sur la formation des différents acteurs de la filière et de leur mode de fonctionnement entre eux. »
Le conseiller d’Etat précise l’importance d’accroitre l’offre de prescription des prothèses auditives. « Il faut sans tarder, mettre en œuvre ce parcours de formation pour les généralistes, car nous ne pourrons pas permettre à l’ensemble des personnes sur le territoire français d’avoir une prescription si on restreint de manière trop importante le nombre de prescripteurs autorisés. »
 
La classification des aides auditives
Le deuxième point pour réussir correctement la mise en place s’avère être la classification des aides auditives. « Les appareils de classe I sont d’excellents appareils, nous sommes beaucoup plus dans ce qu’était le haut de gamme il y a encore quelques années. L’audioprothésiste doit absolument proposer au moins une aide auditive de classe I. » Lionel Collet a rappelé le rôle central de l’audioprothésiste, car il procède non seulement à l’appareillage des déficients de l’ouïe, mais il possède également la responsabilité dans le choix de l’appareil auditif. « C’est une rare profession de santé non-médicale qui va pouvoir exercer ce choix de l’outil thérapeutique. La réussite du 100% santé passera par le fait de conforter son rôle et ses compétences, d’autant plus qu’il est démontré que l’efficacité de l’appareillage dépend de l’opérateur et donc, de l’audioprothésiste. »
 
La formation et la déontologie au cœur de la réforme
Il s’interroge aussi sur la formation en trois ans des audioprothésistes, « est-ce toujours adapté aux évolutions des technologies, des explorations auditives et des législations ? De plus, est-il normal, ou du moins pourrait-on étudier le fait que tout audioprothésiste doit être habilité à procéder à des réglages audioprothétiques, aussi bien de l’adulte et de l’enfant ?»
Lionel Collet a exposé l’importance de poser un cadre déontologique de la profession d’audioprothésiste. « Il est essentiel d’installer ce cadre déontologique. Nous savons que le SDA a beaucoup travaillé sur la réalisation de règles professionnelles et il est important que cela devienne un décret, et il est indispensable d’encadrer la publicité. »
 
Bernard Fraysse le président de la Société mondiale d’ORL, a de son côté comparé les mesures prises à l’international, notamment aux Etats-Unis (des appareils de classe I disponible en grande distribution afin de les rendre accessibilité au maximum) et au Royaume-Uni (les filières de soins sont organisées en fonction des pathologies).
Rendre systématique le dépistage de la surdité
« Pour assurer la réussite de la réforme, il faut des campagnes de sensibilisation pour le dépistage de la surdité chez l’adulte. Santé Publique France doit utiliser des outils de dépistage pour les 45 ans. Pourquoi les 45 ans ? Parce qu’on sait que le facteur modifiable intervient à la vie moyenne et non à 70 ans », explique Bernard Fraysse. « On peut également imaginer un bilan pré-retraite avec un dépistage. »
De plus, le Pr. Fraysse estime « qu’il ne serait pas gênant que le généraliste voie en premier les presbyacousiques (les surdités symétriques, bilatérales, sans pathologie associée, sans vertige, sans otite chronique), car cela favorise l’accessibilité. En revanche, les pathologies graves, sérieuses, précoces, doivent être vues plus rapidement par le spécialiste. »
Le président de la Société mondiale d’ORL déplore le manque de traçabilité. « Il est normal que le prescripteur puisse réfléchir sur le fait que sa prothèse a été bien indiquée et bien réalisée. »
Enfin, il considère que le message « quel est le coût de ma prise en charge ? » doit être remplacé par « quel est le coût de ne pas prendre en charge ? ».
 

Lucile Perreau