Le bisphénol A induirait des anomalies sur l'oreille interne de certains vertébrés

Recherche

Audiology infos
alt

Le bisphénol A (BPA) n'a pas fini d'alimenter la polémique. Après avoir été épinglé parce qu'il entrait dans la composition des biberons en plastique et d'autres incontournables de notre quotidien (boîtes de conserve, petits pots pour bébés, bouteilles plastiques, cannettes, petit électroménager...) et interdit dans leur fabrication à partir du 1er mars 2011, ce composé chimique, convaincu d'avoir un impact sur la reproduction et le développement du cerveau, est désormais accusé d'agir sur l'oreille interne des embryons de certains animaux vertébrés.

Ce nouvel effet a été mis en évidence sur le poisson zèbre et le xénope, une espèce d'amphibien, par une équipe dirigée par Vincent Laudet de l'Institut de génomique fonctionnelle (CNRS/ENS de Lyon/Université Lyon 1), en collaboration avec des chercheurs de l'Inserm, du Muséum national d'Histoire naturelle et de l'INRA. Publiés dans la revue BMC Developmental Biology, ces résultats illustrent, pour la première fois, la sensibilité de l'oreille interne au BPA chez les vertébrés. Les chercheurs se sont intéressés à l'effet de ce composé sur le développement embryonnaire. Pour cela, ils ont exposé des œufs de poissons zèbre (Danio rerio) à des concentrations de plus en plus importantes de BPA (de 1 mg/L à 20 mg/L).

Résultats : la plupart des embryons de poissons zèbre ont, après exposition au BPA, présenté des anomalies au niveau des otolithes, petites structures de l'oreille interne servant à contrôler l'équilibre et jouant aussi un rôle dans l'audition. Pour 60 % des embryons, des agrégats d'otolithes se sont formés. D'autres anomalies de l'oreille interne, moins fréquentes, ont également été relevées. Au-delà d'une concentration de 15mg/L, tous les poissons zèbre ont développé des anomalies.

Mais, cette dose correspond à une exposition très aiguë, bien plus élevée que la gamme d'exposition possible de l'être humain. Les scientifiques ont renouvelé l'expérience sur un autre vertébré de la famille des amphibiens, le xénope. Là aussi, ils ont constaté le développement d'anomalies sur l'oreille interne.

Pour l'heure, ces résultats ne permettent pas de statuer sur leur effet sur l'homme. "Rien ne peut être déduit pour l'homme, tant que des mécanismes d'action n'auront pas été totalement élucidés et que des recherches approfondies n'auront pas été menées chez les mammifères et sur l'être humain en particulier", concluent les chercheurs. Il n'en reste pas moins qu'ils apportent la preuve qu'outre ses effets reprotoxiques, le BPA, à des doses élevées, agit sur d'autres cibles et notamment sur le développement embryonnaire. D'autres recherches doivent être conduites pour en caractériser le fonctionnement et avoir une vision précise de ses effets sur l'organisme.

Photo : Otolithes formant un agrégat (embryon traité au BPA). © Yann Ferrand / CNRS Contacts : Chercheur CNRS : Vincent Laudet - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Références : Bisphenol A induces otolith malformations during vertebrate embryogenesis. Yann Gibert, Sana Sassi-Messai, Jean-Baptiste Fini, Laure Bernard, Daniel Zalko, Jean-Pierre Cravedi, Patrick Balaguer, Monika Andersson-Lendahl, Barbara Demeneix, Vincent Laudet, BMC Developmental Biology 2011, 11:4.

L.A.-K.